galerie Le premier vol habité de SpaceX a décollé avec deux astronautes à son bord

La fusée SpaceX Falcon 9 transportant la capsule SpaceX Crew Dragon décolle du Centre spatial Kennedy en Floride, le 30 mai 2020.
La fusée SpaceX Falcon 9 transportant la capsule SpaceX Crew Dragon décolle du Centre spatial Kennedy en Floride, le 30 mai 2020. © AFP

Dans un rugissement entendu à des kilomètres à la ronde sur le littoral de Floride, une fusée Falcon 9 de la société fondée par Elon Musk a décollé à 15 h 22 (19 h 22 GMT), et les premières minutes du vol se passaient sans encombre, selon la retransmission en direct de la mission par la Nasa.

Après avoir accompli sa tâche d’arracher les deux hommes à la gravité terrestre, le premier étage de la fusée de 70 mètres s’est séparé comme prévu et est revenu se poser, à la verticale, sur une barge au large de la Floride. SpaceX est la seule société au monde à récupérer ainsi ses lanceurs.

Puis le second étage de Falcon 9 a placé Dragon sur la bonne orbite, en direction de la Station spatiale internationale, qui vole à plus de 400 km au-dessus des océans, à plus de 27 000 km/h. Ce faisant, une caméra a retransmis l’intérieur de la capsule en direct, montrant les deux hommes attachés dans leurs sièges pendant leur ascension supersonique.

« Séparation Dragon confirmée », a annoncé le directeur de lancement.

« Félicitations (…) pour ce premier voyage habité pour Falcon 9, c’était incroyable », a dit l’astronaute Doug Hurley, commandant du vaisseau alors que Dragon filait déjà à 27.000 km/h, à environ 200 km d’altitude.

Les deux hommes atteindront l’ISS dimanche à 14 h 29 GMT. 

Le décollage a eu lieu sous les yeux de Donald Trump et du vice-président, Mike Pence. Le président américain a jugé le décollage « incroyable » et a prévenu qu’il ne s’agissait que « du début ». « De vrais génies, personne ne fait cela comme nous », a-t-il estimé, ajoutant que les prouesses des États-Unis dans l’espace seraient « l’une des choses les plus importantes que nous ayons jamais faites ». 

« C’est un rêve devenu réalité. Je ne pensais pas que ce jour arriverait vraiment », avait dit Elon Musk mercredi dernier avant le report du premier lancement.

Un accès à l’espace à faibles coûts

La mission peut sembler un pas modeste dans l’exploration spatiale : « Bob » et « Doug » ne vont ni sur la Lune ni vers Mars, seulement dans la vieille station spatiale ISS, à 400 km de la Terre, où Russes et Américains vont et viennent depuis 1998. 

La Nasa, pourtant, y voit une « révolution », car SpaceX va redonner aux États-Unis un accès à l’espace à faibles coûts, moins cher que ses programmes précédents. Pour 3 milliards accordés depuis 2011, SpaceX a entièrement développé un nouveau taxi spatial et promis à sa cliente six allers-retours vers l’ISS.

« Elon Musk a apporté au programme spatial américain la vision et l’inspiration qui nous manquait depuis neuf ans, depuis la fin des navettes spatiales. Il est brillant et capable », a loué le patron de la Nasa, Jim Bridenstine, vendredi.

La confiance a dû se gagner. Elon Musk ne connaissait rien aux fusées quand il a fondé SpaceX en 2002. Ses trois premiers lancements échouèrent. Une fusée a explosé au sol avec un précieux satellite dans sa coiffe, une autre peu après le lancement avec un ravitaillement pour l’ISS. L’an dernier, la capsule Dragon elle-même a explosé lors d’un test des moteurs au sol. Le programme aurait dû commencer en 2017.

In fine, les responsables de la Nasa ont donné le feu vert pour confier à SpaceX deux de ses astronautes. Ils parlent de ce partenariat dans des termes extrêmement laudateurs : la responsable des vols commerciaux habités a évoqué « les miracles » accomplis par la collaboration des deux équipes.

Capsule éjectable en urgence

Samedi, dans la mythique salle d’allumage du centre Kennedy, ce n’est pas un homme de la Nasa qui a donné le « go » ultime pour le décollage, mais le directeur de lancement de SpaceX, Michael Taylor, les officiels de l’agence spatiale américaine n’ayant pas de rôle dans le compte à rebours.

Crew Dragon est une capsule comme Apollo, mais version XXIe siècle. Des écrans tactiles ont remplacé boutons et manettes. L’intérieur est dominé par le blanc, l’éclairage plus subtil. Un seul cordon « ombilical » relie les combinaisons aux sièges pour fournir air frais et communications aux deux hommes.

Contrairement aux navettes, dont une a explosé en 1986 après le décollage (Challenger), Dragon peut s’éjecter en urgence si la fusée a un problème.

Si elle est certifiée sûre après le lancement de samedi, les Américains ne dépendront plus des Russes pour accéder à l’espace : depuis 2011, les Soyouz étaient les seuls taxis spatiaux disponibles. Les acheminements depuis la Floride redeviendront réguliers, avec quatre astronautes à bord.

 

 

ANI AVEC AFP