galerie Coronavirus : en France, le transfert de patients s’accélère

Un gymnase transformé en centre de consultation pour les malade du Covid-19 à Taverny, près de Paris, le 26 mars 2020.

Un gymnase transformé en centre de consultation pour les malade du Covid-19 à Taverny, près de Paris, le 26 mars 2020. © Gonzalo Fuentes, Reuters

L’évacuation de malades du coronavirus du Grand Est s’accélère, samedi 28 et dimanche 29 mars, alors que l’Île-de-France frôle la saturation. Après une dizaine de jours d’un confinement national, qui vient d’être prorogé jusqu’au 15 avril, la France continue à s’organiser pour tenter de soulager les hôpitaux des régions les plus frappées par la pandémie.

« Ça va augmenter : le sommet de la vague est prévu pour la fin de la semaine prochaine », avance le docteur Michèle Granier, présidente de la commission médicale de l’hôpital de Corbeil-Essonnes, en banlieue parisienne. D’autres experts tablent sur un pic prévu entre le 5 et le 15 avril.

« Même intubé ventilé, ça se dégrade d’un coup et on ne comprend pas ce qu’il se passe », lâche Cathy Le Gac, infirmière en réanimation à l’hôpital Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine).

S’il y a beaucoup de guérisons, le coronavirus continue à semer l’effroi, entre ces fulgurances macabres, les seniors touchés de plein fouet dans les Ehpad ou la Francilienne de 16 ans qui y a succombé récemment.

Opération Résilience

C’est dans ce contexte que l’armée française a commencé, samedi, à transférer par hélicoptère des patients vers des hôpitaux en Allemagne, afin de décharger les services de réanimation de la région Grand Est.

Un premier hélicoptère, un Caïman NH90, a décollé de Metz à destination de l’Allemagne avec deux patients dans un état sérieux à bord, a-t-on appris auprès de l’état-major des armées.

Ces transferts sont assurés dans le cadre de l’opération Résilience lancée mercredi par le président de la République Emmanuel Macron, par laquelle l’armée va apporter son soutien aux efforts de lutte contre le coronavirus en France.

Une quarantaine de patients doivent également être transférés du Grand Est vers la Nouvelle-Aquitaine, a annoncé l’Agence régionale de santé (ARS) de cette dernière. Dans le détail, quatre malades sont attendus, samedi, dans des hôpitaux de Poitiers et Limoges, et dimanche, 36 autres arriveront à bord de deux TGV médicalisés, pour être répartis dans une petite dizaine de villes.

La Nouvelle-Aquitaine dispose en « soins critiques » (incluant la réanimation, les soins intensifs et continus) de 1 640 lits, dont 569 disponibles. Une situation qui contraste avec celle de l’Île-de-France, de plus en plus tendue : sur 1 500 places dans les services de réanimation de la région parisienne, 1 300 lits sont actuellement occupés.

Par endroits, comme en Seine-Saint-Denis, les hôpitaux sont déjà saturés. « On est en train de passer à une médecine de guerre », affirme une infirmière. Aucun « tri » de patient n’est encore évoqué, « mais on sait que les patients au-delà de 80 ans ne sont pas prioritaires »…

Potentielle pénurie de médicaments de réanimation

Mesure d' »anticipation », le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a annoncé vendredi une première évacuation dans le courant du weekend d’une quinzaine de patients franciliens en réanimation vers des établissements de la région Centre-Val de Loire.

Les soignants redoutent aussi une « potentielle pénurie de médicaments de réanimation à venir », selon le professeur Bruno Riou, directeur médical de crise de l’AP-HP (hôpitaux de la région parisienne).

Le matériel est aussi au cœur d’une gronde croissante, incarnée par un collectif de soignants. Ce dernier est déjà à l’origine de plaintes contre Édouard Philippe et l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn. Le collectif a réclamé, vendredi, au gouvernement les contrats de commandes de masques et tests de dépistage du coronavirus des trois derniers mois.

Le Premier ministre doit donner, samedi, une conférence de presse avec l’actuel ministre de la Santé Olivier Véran, et a promis un point « transparent » de la situation sanitaire, notamment la pénurie de masques ou la question des tests.

 

 

Avec AFP et Reuters