galerie Uruguay: le centre droit favori, après 15 ans de présidence de gauche

Les deux candidats au deuxième tour de l’élection présidentielle en Uruguay, Luis Lacalle Pou (g) et Daniel Martinez afp.com – EITAN ABRAMOVICH , PABLO PORCIUNCULA

M. Lacalle Pou, le leader du Parti national (centre droit), a obtenu moins de voix au premier tour que M. Martinez, du Frente amplio (Front élargi, gauche) mais il a ensuite mis en place une coalition avec les autres prétendants battus au premier tour, allant de la droite aux sociaux-démocrates. Il caracole depuis en tête.

Selon un des derniers sondages, réalisé par le cabinet Factum, Luis Lacalle Pou, ancien sénateur, obtiendrait 51% des voix, contre 43% à Daniel Martinez, ex-maire de Montevideo et ingénieur franco-uruguayen de 62 ans.

Tous les autres sondages donnent une avance de cinq à six points à l’avocat de 46 ans qui, en cas de succès, mettrait fin à 15 ans de gouvernements de gauche consécutifs en Uruguay.

Alors que plusieurs pays latinoaméricains connaissent ces dernières semaines des crises politiques et sociales majeures, « l’Uruguay continue d’être cité comme un exemple de démocratie qui fonctionne dans la région, tout en rejetant les issues populistes extrémistes », souligne Paul Webster Hare, ancien ambassadeur britannique qui a été en poste à Cuba et au Venezuela et désormais professeur à l’université de Boston.

« C’est un exemple pour d’autres régions, y compris les États-Unis », ajoute-t-il à l’AFP.

Pour Diego Lujan, politologue de l’université de la République, la plus grande d’Uruguay, ce second tour s’apparente à un référendum pour ou contre la gauche.

« Quand il y a un parti qui est au gouvernement depuis trois mandats, avec la majorité au Parlement et qui peut appliquer son programme, les résultats sont de la responsabilité de ce parti », explique-t-il.

Lors des dernières élections, en 2014, l’économie était en croissance et le programme était incarné par Tabaré Vasquez, premier président de gauche de l’Uruguay (2005-2010) et un des dirigeants historiques du Frente amplio (FA). M. Vasquez avait battu M. Lacalle Pou, fils de l’ancien président Luis Alberto Lacalle (1990-1995) et qui était candidat pour la première fois.

– Légalisation du cannabis –

La coalition de gauche avait alors « des réussites à mettre à son actif », mais « ce troisième gouvernement du FA a peu de succès à faire valoir », conclut M. Lujan.

En 15 ans, la coalition au pouvoir a notamment approuvé l’avortement (2012), le mariage homosexuel (2013) et a été pionnière dans la légalisation du cannabis (2013).

Dans ce pays réputé pour être un des plus sûrs d’Amérique latine, la criminalité arrive en tête des préoccupations des électeurs. L’Uruguay a connu une hausse de 45% des homicides entre 2017 et 2018. Plus globalement, le taux d’homicides est passé de 5,7 à 8,4 pour 100.000 habitants entre 2005 et 2015.

Côté économique, le taux de chômage se rapproche des 9,5% et le coût de la vie ainsi que la pression fiscale reviennent souvent parmi les récriminations des chefs d’entreprises et commerçants.

« L’Uruguay ne peut plus supporter davantage d’impôts », juge M. Lacalle Pou, dont les cheveux mi-longs lui donnent un air juvénile et qui s’est engagé à ne pas les augmenter et à trouver 900 millions de dollars d’économies pour faire baisser le déficit public, actuellement à 4,9% du PIB.

En difficulté ces dernières semaines, M. Martinez, homme d’aspect austère que l’on surnomme « pelado » (le chauve) et qui assume son excès de confiance en lui, a fait appel à la vieille garde de son parti, dont le populaire José « Pépé » Mujica, en promettant un portefeuille à l’ancien président de 84 ans (2010-2015) en cas de victoire.

Entre les deux tours, le Frente amplio s’est retrouvé sans allié et donc sans réservoir de voix.

« Trois mandats consécutifs avec la majorité au Parlement lui ont été utiles pour ne dépendre d’aucune autre formation », mais cela « a fait que les partis d’opposition ont adopté un discours de plus en plus porté vers le changement et l’alternance », fait valoir M. Lujan.

Quelque 2,6 millions d’électeurs sont appelés aux urnes dimanche. Le prochain président prendra ses fonctions en mars pour cinq ans.

 

 

 

ANI AVEC AFP