galerie Afrique du Sud: report du procès de l’ex-président Zuma poursuivi pour corruption

L’ancien président sud-africain Jacob Zuma devant la Haute cour de Pietermaritzburg le 15 octobre 2019 afp.com – MICHELE SPATARI
Le procès de Jacob Zuma pour corruption, qui devait débuter mardi, a été reporté après l’annonce de l’ancien président sud-africain de sa volonté de faire appel des poursuites le visant dans cette vieille affaire de contrat d’armement, aux multiples rebondissements judiciaires.

Ce procès devait être le premier pour corruption de Jacob Zuma, alors que son règne de dix ans a été éclaboussé par de nombreux scandales qui l’ont contraint à démissionner en février 2018.

Le dossier qui devait être jugé remonte cependant aux années où il était « ministre » de la province du KwaZulu-Natal (est) puis vice-président du pays.

Jacob Zuma est accusé d’avoir touché 4 millions de rands – environ 244.000 euros au cours actuel – de pots-de-vin du groupe de défense et d’électronique français Thales, dans le cadre d’un énorme contrat d’armement de 51 milliards de rands (environ 3 milliards d’euros) attribué en 1999.

Jacob Zuma et Thales, qui a remporté une partie de ce contrat pour l’équipement de navires militaires et est également poursuivi dans cette affaire, ont toujours nié les allégations.

Vendredi, la justice a finalement ouvert la voie à un procès de l’ancien président, après avoir unanimement rejeté la demande de Jacob Zuma d’abandonner les poursuites qui le visent. C’était sans compter sur la possibilité pour les deux co-accusés de faire appel.

Mardi, l’avocat de l’ancien président a annoncé sa volonté d’user de ce droit, reportant de fait le procès qui devait débuter le même jour.

« M. Zuma voudrait exercer la totalité de ses droits constitutionnels, qui incluent le droit de faire appel », a déclaré Thabani Masuku devant la Haute Cour de Pietermaritzburg au KwaZulu-Natal.

La demande d’appel, qui doit être formellement déposée d’ici au 1er novembre, sera entendue le 22 novembre, selon le ministère public qui a annoncé qu’il allait s’y opposer.

Après ce nouveau coup de théâtre, la perspective d’un procès s’annonce encore longue. Il pourrait débuter dans « un à deux ans », a prévenu un expert en droit, Pierre de Vos, interrogé par l’AFP.

– « Morte et ressuscitée » –

Le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), qui se bat depuis des années pour que Jacob Zuma soit jugé dans cette affaire, a dénoncé la « décision sournoise » de l’ancien président de faire appel.

De son côté, Thales n’a pas encore annoncé s’il allait faire appel ou non.

Jacob Zuma, qui a toujours affirmé être victime d’une « chasse aux sorcières », a de nouveau joué la carte du complot mardi. « Il y a tant de comploteurs contre moi », a-t-il lancé devant une centaine de ses supporters réunis à proximité du tribunal de Pietermaritzburg.

« La justice ne sera pas rendue si on continue avec cette affaire » qui « était morte et a été ressuscitée tant de fois », a-t-il ajouté, entre deux pas de danse.

« C’est évident qu’il y a une vendetta contre l’homme », a aussi estimé l’une de ses partisanes, Ntombizodwa Khumalo, une retraitée de 65 ans.

Le dossier Zuma/Thales aux multiples rebondissements agite la vie politique sud-africaine depuis la signature du contrat.

Mis en cause dès 2003 dans le dossier Thales, Jacob Zuma a toujours réussi à échapper aux mailles du filet de la justice. Son conseiller financier à l’époque des faits, Schabir Shaik, a été reconnu coupable de corruption dès 2005 et condamné à quinze ans de prison.

Depuis près de deux ans, le vent a cependant tourné pour Jacob Zuma. Longtemps réputé inatteignable, il a été poussé à la démission en février 2018 après un long bras de fer avec son propre parti, le Congrès national africain (ANC, au pouvoir), et son successeur, Cyril Ramaphosa, qui a promis d’en finir avec la corruption.

S’il est jugé et reconnu coupable dans l’affaire Thales, Jacob Zuma encourt une peine minimum de 15 ans de prison.

Il est également soupçonné de corruption dans d’autres dossiers beaucoup plus récents, du temps de sa présidence.

Il doit de nouveau être prochainement entendu par une commission censée faire la lumière sur les multiples accusations de corruption au sommet de l’Etat pendant son règne, une corruption qui a coûté, selon Cyril Ramaphosa, plus de 500 milliards de rands (30 milliards d’euros) au pays.

 

 

ANI AVEC AFP