galerie Présidentielle en Tunisie: « choisir le meilleur parmi les mauvais »

Le Premier minitre tunisien Youssef Chahed et candidat à la présidentielle vote dans un bureau de La Marsa, dans la banlieue de Tunis le 15 septembre 2019 afp.com – Fethi Belaid

Cette jeune diplômée en biologie travaille dans un centre d’appel, faute d’avoir trouvé un emploi correspondant à ses compétences. Elle n’a aucune confiance dans « une classe politique médiocre », mais tient à exercer son droit de vote.

Elle fait écho au sentiment de nombreux Tunisiens, fatigués des luttes de pouvoir féroces au sein de leur classe politique, et de l’incapacité de leurs dirigeants à résoudre les problèmes qui sapent la jeune démocratie tunisienne: chômage et coût de la vie.

En ce dimanche ensoleillé, ils sont néanmoins nombreux dans les bureaux de vote de Tunis, pour choisir parmi les 26 candidats en lice et leurs programmes présidentiels, souvent vagues, souvent ressemblants, parfois illisibles.

« C’est vrai que le choix est difficile, mais il n’y aura pas de satisfaction à 100% pour quelque candidat que ce soit », affirme Amira Mohamed, une journaliste de 38 ans.

« Je n’ai aucune idée encore du candidat pour lequel je vais voter » admet de son côté Rabah Hamdi, 60 ans.

– ‘Mais où sont les jeunes ?’ –

Dans les bureaux de vote visités par les journalistes de l’AFP dimanche matin, des adultes, des personnes âgées, mais encore peu de jeunes. Leur participation sera pourtant cruciale pour l’élection.

« Mais où sont les jeunes ? Il s’agit de leur patrie, de leur avenir », s’agace Adil Toumi, un sexagénaire venu voter « pour participer à une fête nationale, une victoire de la démocratie ».

« Ils font la grasse matinée », s’amuse un internaute.

Pour motiver les fêtards, des bars de Gammarth, en banlieue nord de Tunis, proposent la bière à moitié prix pour tout consommateur qui exhibera son doigt taché d’encre, preuve qu’il a voté.

Mais pour ceux qui sont déjà dans les bureaux de vote, pas besoin d’incitation. « J’ai 81 ans et je suis très heureux de participer à cette élection libre. Aujourd’hui grâce à Dieu, il y a la démocratie. Et moi je suis content de participer », sourit un vieil homme endimanché, Abdel Aziz Mahgoub.

« Arrêtez de vous lamenter ou de critiquer! Soyez à la hauteur de cette chance de voter en toute liberté », s’exclame de son côté Mokhtar Salami, 76 ans, appuyé sur sa canne.

– Mourou souriant, Chahed confiant –

Les 26 candidats engagés dans la course ont également commencé à voter. Dans la banlieue chic de La Marsa, au nord de Tunis, le représentant du parti d’inspiration islamiste Ennahdha, Abdelfattah Mourou, a déposé son bulletin dans l’urne avec un grand sourire.

Et toujours à La Marsa, le Premier ministre candidat, le libéral Youssef Chahed, s’est voulu confiant: « Je vous appelle à voter massivement pour que personne ne décide votre sort à votre place. Ce soir ou demain la Tunisie sera entre de bonnes mains ».

Un prétendant, dont l’ombre plane sur ce scrutin très incertain, ne votera pas: le publicitaire sulfureux et à la forte popularité Nabil Karoui. Sous le coup d’une enquête pour blanchiment d’argent, il est en détention préventive depuis le 23 août dernier et, même s’il n’a pas été déchu de ses droits civiques, jamais aucune urne n’a été installée en prison jusqu’à aujourd’hui, explique son avocat.

Des milliers d’observateurs ont été déployés par les partis et des institutions internationales dans les bureaux de vote, qui fermeront dans leur immense majorité à 18h00 (17h00 GMT).

Environ 70.000 membres des forces de sécurité ont été mobilisés pour cette élection, la deuxième présidentielle libre depuis la révolution de 2011.

 

 

ANI AVEC AFP