galerie A Pohnpei, Pompeo affiche l’intérêt américain pour la Micronésie face à la Chine

Mike Pompeo accueilli en Micronésie par des colliers de fleurs, le 5 août 2019 afp.com – JONATHAN ERNST

C’est la première fois qu’un chef de la diplomatie des Etats-Unis se rend dans cet Etat paradisiaque loin de tout et peu habitué à accueillir les grands de ce monde, où il doit rencontrer, lors d’une visite de quelques heures, les dirigeants de la fédération mais aussi ceux des Palaos et des îles Marshall, d’autres micro-pays de l’océan Pacifique.

Le déplacement est d’autant plus notable que ces mêmes dirigeants ont été reçus il y a moins de trois mois par le président américain Donald Trump à la Maison Blanche.

« Le fait qu’il s’agisse d’une zone stratégique n’est pas nouveau », assure un haut responsable américain, sous couvert d’anonymat, évoquant des liens historiques anciens. Mais les « échanges » récents « ont lieu à un niveau clairement élevé », a-t-il reconnu.

« Au cours de la dernière année, les Etats-Unis ont oeuvré de manière proactive pour renforcer leurs positions dans la région des îles du Pacifique, qu’ils considèrent comme stratégiques », explique à l’AFP la chercheuse Elizabeth Economy, du cercle de réflexion américain Council on Foreign Relations.

La visite de Mike Pompeo s’inscrit ainsi dans la politique américaine pour une « région indo-pacifique libre et ouverte », dont l’objectif assumé, et déjà clamé ces derniers jours par le secrétaire d’Etat à Bangkok puis à Sydney, est de contrer une puissance chinoise jugée de plus en plus expansionniste.

– Activisme de Pékin –

Car si ces îles sont petites et dispersées dans l’océan, elles s’étendent d’est en ouest sur 2.700 km, un détail de taille lorsqu’un des principaux contentieux sino-américains dans la région porte sur la liberté de navigation.

Washington est déjà bien présent en Micronésie – une fédération qui réunit quatre pays formés de plus de 600 petites îles et atolls sur la ligne de l’Equateur – grâce à une coopération dans le domaine du développement, ainsi qu’à sa protection militaire.

Les Etats fédérés de Micronésie, jadis appelées les îles Carolines sous tutelle américaine, bénéficient depuis 1987 d’un statut de libre-association avec les Etats-Unis. Mais ces accords doivent être renouvelés dans les prochaines années.

Or l’activisme de Pékin, accusé de mener une offensive de charme à coups d’infrastructures et de prêts, et ses efforts pour que les îles Marshall et les Palaos rompent leurs relations diplomatiques avec Taïwan au profit de liens nouveaux avec la Chine, ont alarmé l’administration Trump.

« Les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre de considérer comme acquis le soutien des îles du Pacifique », prévient Elizabeth Economy.

Encore récemment, le gouvernement américain a pu constater l’importance de ces petits pays, lorsqu’ils ont été parmi les seuls à l’Assemblée générale de l’ONU – où leur voix compte comme celle de chaque Etat – à afficher leur soutien à Washington après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Reste un point, crucial pour ces îles, sur lequel le département d’Etat américain est resté discret avant la visite de Mike Pompeo: le réchauffement climatique qui, par l’élévation du niveau des mers, menace leur existence même. L’administration Trump, qui confie volontiers son scepticisme sur ce sujet, ne semble pas en faire une priorité de ses relations renouvelées avec la Micronésie.

 

 

 

ANI AVEC AFP