galerie Erdogan se réjouit de l’achat des missiles russes en marquant le putsch manqué

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime lors d'une cérémonie marquant le troisième anniversaire de l'échec d'une tentative de putsch, le 15 juillet 2019 à Istanbulafp.com - Ozan KOSE

« Nous avons commencé à recevoir nos (missiles russes) S-400. Qu’entendions-nous ? +Ils ne pourront pas les acheter.+ (…) Si Dieu le veut, nous aurons fini de les déployer en avril 2020 », a déclaré M. Erdogan.

Le président turc s’exprimait devant plusieurs milliers de partisans à Istanbul lors d’une cérémonie marquant le troisième anniversaire de la mise en échec d’une sanglante tentative de coup d’Etat qui a fait près de 250 morts, hors putschistes.

Cette année, les commémorations interviennent dans un contexte délicat pour M. Erdogan : Washington menace d’imposer des sanctions pour l’achat des S-400, l’économie est chancelante et une spectaculaire défaite électorale à Istanbul a fragilisé le camp du président.

Après avoir pris part à plusieurs cérémonies à Ankara, M. Erdogan s’est rendu à Istanbul dans la soirée où il a notamment inauguré un musée consacré au putsch avorté, signe de l’importance de cet événement pour le président.

« Si nous laissons le 15-Juillet tomber dans l’oubli, nous ne pourrons empêcher que se produisent des trahisons et des maux encore plus grands », a déclaré M. Erdogan avant de visiter le musée.

Il y a trois ans, dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, des éléments factieux de l’armée avaient tenté de s’emparer du pouvoir en bombardant des sites stratégiques à Ankara et en déployant des chars dans les rues de la capitale et d’Istanbul.

L’intervention d’éléments loyalistes au sein des forces de sécurité et de milliers de partisans de M. Erdogan descendus dans la rue à l’appel du président avait permis de mettre le putsch en échec.

– « Sang versé » –

Ankara impute la tentative de putsch à Fethullah Gülen, un prédicateur turc qui réside depuis une vingtaine d’années aux Etats-Unis et nie toute implication.

« Le 15 juillet, nous avons versé du sang et payé un lourd tribut. Nous avons repris possession de notre patrie et de notre drapeau », déclare à l’AFP Fahrettin, la cinquantaine, le front ceint d’un bandeau au nom du président.

Après le putsch manqué, les autorités ont lancé des purges d’une ampleur sans précédent. Plus de 55.000 personnes ont été arrêtées et plus de 150.000 limogées de la fonction publique.

Trois ans après, les arrestations se poursuivent à un rythme soutenu, avec de nouveaux coups de filet chaque semaine.

« Ils nous ont rasé la barbe, mais elle a repoussé encore plus dru. Quant à nous, nous leur avons tranché les bras », a déclaré M. Erdogan lundi.

Ces purges, qui ont aussi touché des opposants prokurdes, des médias et les milieux universitaires, ont suscité l’inquiétude des pays européens qui ont multiplié les critiques.

Accusant l’Occident de « manquer d’empathie », la Turquie a pris ses distances après le putsch manqué pour se rapprocher de la Russie.

La commémoration du putsch manqué coïncide avec un regain de tension entre la Turquie et ses partenaires occidentaux lié, outre les S-400, à des forages gaziers illégaux d’Ankara au large de Chypre.

Lundi, l’Union européenne a adopté une série de mesures pour sanctionner la poursuite de ces forages par la Turquie.

M. Erdogan s’est également efforcé lundi de justifier les turbulences économiques que traverse la Turquie avec l’érosion de la valeur de sa monnaie et une inflation et un chômage élevés.

Il a ainsi affirmé que ces difficultés étaient dues aux efforts consacrés au « combat contre le terrorisme » mené par les forces de sécurité turques dans le sud-est du pays et dans le nord de la Syrie et de l’Irak.

« Croyez-vous que nos avions et nos hélicoptères larguent des pistaches et des pois chiches grillés ? » a dit M. Erdogan. « Tout cela ne coûte-t-il pas de l’argent ? »

 

 

ANI AVEC AFP