galerie L’ex-président du Bénin Boni Yayi à Lomé après deux mois de crise politique

L’ancien président du Bénin Boni Yayi le 19 avril 2019 à Cotonou afp.com – Yanick Folly

Samedi, Boni Yayi, principal opposant à son successeur, le président Patrice Talon, a quitté le Bénin « pour suivre ses soins », avait déclaré Nourénou Atchadé, le porte-parole des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), dans une interview avec Radio France Internationale (RFI), ajoutant que l’état de santé de l’ancien président s’était « considérablement dégradé ».

Début juin, Boni Yayi avait reçu une convocation pour être entendu par un juge, une audience que ses avocats avaient finalement refusée, arguant ses problèmes de santé dus au stress, notamment du siège de son domicile par les forces de l’ordre.

« Effectivement (il est parti) sans s’expliquer devant la Justice », a dit son porte-parole. « Il a dit lui-même que dès que sa santé le permettra, il le fera volontiers. Il ne se soustrait pas à la justice. Il ne se reproche absolument rien. »

Dimanche matin, un proche joint par l’AFP a déclaré que l’ancien président était arrivé au Togo.

« Nous sommes à Lomé », a-t-il dit.

Ce départ surprise intervient après de nombreuses semaines de fortes tensions entre le président Talon et son prédécesseur.

Samedi matin, la police avait annoncé que Cadjehoun (le quartier de Cotonou où se trouve la résidence de Boni Yayi) était « libéré de tout dispositif policier », au terme de négociations entre Patrice Talon et les chefs traditionnels ainsi que les cadres de Savè et Tchaourou, ville d’origine de Boni Yayi.

Ces deux villes ont été le théâtre de violences qui ont fait au moins deux morts civils et des dizaines de blessés du côté des forces de l’ordre à la mi-juin, après une première série de manifestations réprimées à balles réelles les 1er et 2 mai autour du domicile de Boni Yayi à Cotonou.

« Nous voulons ardemment la paix maintenant », avait déclaré vendredi le président béninois, promettant avoir « pris des mesures » pour résoudre cette crise.

« Je n’ai pas de problème personnel avec Boni Yayi », c’est « un ami », avait ajouté M. Talon à propos de son prédécesseur, principal opposant du régime après avoir passé dix années au pouvoir.

De nombreux observateurs locaux et internationaux dénoncent le tournant autoritaire du chef de l’Etat béninois, élu en avril 2016, dans un pays réputé pour être un exemple démocratique en Afrique de l’Ouest.

Et la grande majorité des opposants à M. Talon vivent désormais en exil, craignant des mesures judiciaires à leur encontre s’ils reviennent au Bénin.

– « Guerre des égos » –

Boni Yayi, perçu comme le symbole de l’opposition qui restait dans le pays, avait dénoncé « un coup d’Etat électoral » lors des législatives tenues le 28 avril, auxquelles aucun parti de l’opposition n’avait été autorisé à présenter de candidats.

Il avait également appelé le président Talon à annuler le processus électoral et la population à se soulever.

Pour Expédit B. Ologou, politologue et président du centre d’analyse Ciaaf, basé à Cotonou, « la vie socio-politique béninoise depuis quelques années est prisonnière de la guerre des égos entre deux individus: Patrice Talon et Boni Yayi ».

Alors que Boni Yayi était président (2006-2016), Patrice Talon avait ainsi été forcé lui-même à l’exil entre 2012 et 2015, accusé de « tentative d’empoisonnement » contre le chef de l’Etat.

Mais pour Gilles Yabi, analyste politique pour l’Afrique de l’Ouest et fondateur du think tank Wathi, il « serait réducteur de penser que la crise politique que connaît le Bénin n’est qu’un combat entre deux hommes ».

Ajoutant à l’AFP qu »il semble y avoir un plan systématique et méthodique pour contrôler les institutions et la scène politique du pays ».

 

 

 

ANI AVEC AFP

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