galerie Présidentielle en Mauritanie pour une transition démocratique inédite, voire une alternance

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz vote pour l’élection de son successeur au côté de son épouse Tekber Mint Melainine Ould Ahmed le 22 juin 2019 à Nouakchott.afp.com – SIA KAMBOU

Ce scrutin doit marquer la première passation de pouvoir d’un président élu à un autre dans ce pays secoué par de nombreux coups d’Etat de 1978 à 2008, date du putsch de Mohamed Ould Abdel Aziz, qui était alors général.

Mais les cinq adversaires du candidat désigné par le pouvoir, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, dit Ould Ghazouani, lui aussi ex-général – M. Ould Abdel Aziz ne pouvant se représenter après deux mandats – dénoncent une volonté de perpétuation d’un régime « militaire » et des risques de fraude.

Les bureaux de vote installés pour accueillir les quelque 1,5 million d’inscrits (sur 4,5 millions d’habitants) ont généralement ouvert à l’horaire prévu de 07H00 GMT, pour fermer à 19H00 GMT, les premiers résultats étant attendus en début de semaine prochaine.

Au stade olympique de Nouakchott, où M. Ould Ghazouani était attendu à la mi-journée, tout comme dans le bureau proche où M. Ould Abdel Aziz a voté peu après 08H30 GMT, des files d’attente se sont constituées dès l’ouverture, scène inhabituelle dans ce quartier chic.

M. Ould Abdel Aziz a appelé à choisir un président qui conduise le pays « sur la voie de la sécurité et de la stabilité ». Il a mis en garde à plusieurs reprises contre un « retour en arrière » si son compagnon d’armes de toujours n’était pas élu.

L’ancien chef de gouvernement de transition (2005-2007) Sidi Mohamed Ould Boubacar, considéré comme le rival le plus sérieux du candidat du pouvoir, a voté vers 09H00 dans la même école qu’un autre candidat, l’opposant historique Mohamed Ould Moloud.

« Nous restons vigilants, prêts à dénoncer toute tentative de fraude », a-t-il prévenu, relevant des « indices inquiétants », citant notamment à l’absence d’observateurs internationaux et la composition de la Commission électorale.

« Le peuple et sa jeunesse ne se laisseront pas voler leur vote », a insisté M. Ould Boubacar, soutenu par une large coalition comprenant le parti islamiste Tewassoul, principale formation d’opposition, ainsi que par le puissant et richissime homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou.

– Files séparées pour hommes et femmes –

Hommes et femmes font la queue côte à côte mais séparément dans cette république islamique, avec des rangs nettement moins fournis pour les femmes. Ils cochent ensuite sur un bulletin unique le nom d’un des candidats, affectés chacun d’un chiffre de un à six et d’un symbole (balance, épi de blé, lion, clé, théière, bovin).

« Les gens ont besoin d’un président qui va changer leur situation », a déclaré une électrice, Khadaja Boubacar.

« Je trouve dans le programme de mon candidat tout ce qui répond à mes aspirations », a indiqué pour sa part Elalem Abdelbaqi, sans préciser pour qui il votait.

Un autre électeur, Abdellahi Ould Vettah, s’est prononcé « pour le changement pacifique ». « Nous voulons un changement radical, ça veut dire l’égalité, l’éducation, la justice sociale », a-t-il énuméré.

L’ensemble des candidats de l’opposition, dont le militant antiesclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid, se sont engagés à se soutenir en cas de second tour le 6 juillet.

M. Ould Abdel Aziz s’est fait élire en 2009, puis réélire en 2014 lors d’un scrutin boycotté par les principaux partis d’opposition.

Il a assuré la stabilité de ce pays frappé dans les années 2000 par des attentats jihadistes et les enlèvements d’étrangers en menant une politique volontariste: remise sur pied de l’armée, surveillance accrue du territoire et développement des zones reculées.

Les critiques se focalisent sur le respect des droits fondamentaux, dans une société marquée par des inégalités ainsi que des disparités entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d’esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d’ethnies subsahariennes.

Sur le plan économique, la croissance, de 3,6% en 2018, bien qu’en amélioration, reste insuffisante par rapport à la démographie, selon un rapport de la Banque mondiale (BM) publié en mai.

La BM salue le rétablissement de la « stabilité macroéconomique », avec des projections de croissance annuelle de 6,2% en moyenne sur la période 2019-2021. Mais elle appelle à lever les obstacles au secteur privé, citant en premier lieu les difficultés d' »accès au crédit » et « la corruption ».

 

 

 

ANI AVEC AFP