galerie Succession de Juncker: délicates négociations pour trouver le candidat idéal

La chancelière autrichienne par intérim Brigitte Bierlein et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le 20 juin 2019 à Bruxellesafp.com – EMMANUEL DUNAND

Le président du Conseil Donald Tusk, mandaté pour trouver un accord entre les chefs d’Etats et le Parlement, a refroidi les maigres attentes d’avoir une solution en fin de journée.

« Hier j’étais prudemment optimiste. Aujourd’hui je suis davantage prudent qu’optimiste », a-t-il dit dans un tweet, où on le voit dialoguer avec la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron.

Le sommet s’est ouvert avec un développement majeur: les chefs des groupes Socialiste et centriste Renew Europe au Parlement européen ont annoncé jeudi matin au prétendant du PPE, l’Allemand Manfred Weber, qu’ils ne soutiendraient pas sa candidature en cas de vote, signifiant la fin de ses espoirs de présider la Commission européenne, ont indiqué à l’AFP le président du groupe des Verts Philippe Lamberts et des représentants du groupe PPE.

M. Macron, opposé à la nomination de Manfred Weber, s’est dit satisfait de ce revirement. Mais Mme Merkel a refusé de le donner pour acquis. Elle a reaffirmé son soutien au système des « Spitzenkandidaten » désignés par chaque famille politique pour prétendre à la présidence de la Commission européenne et laissé entendre qu’aucune décision ne serait prise sur les nominations au cours du sommet.

Les deux autres prétendants sont le Néerlandais Frans Timmermans pour les Socialistes et la Danoise Margrethe Vestager pour les libéraux-centristes de Renew Europe

L’élu, qui succèdera le 1er novembre au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, devra obtenir le soutien de 21 des 28 dirigeants européens et rallier une majorité d’au moins 376 voix au Parlement.

« La personne capable de réunir cette double majorité n’est pas encore connue », a confié un diplomate européen.

Mais un accord se dessine pour la répartition des quatre postes de pouvoir. Le PPE, premier groupe au Parlement, revendique la présidence de la Commission européenne, et cette exigence n’est pas contestée mais il faudra un autre candidat que Manfred Weber, ont indiqué à l’AFP trois responsables.

Les Libéraux veulent la présidence du Conseil européen et les Socialistes obtiendraient le poste de chef de la diplomatie européenne et se partageraient les cinq années du mandat de présidence du Parlement avec les Verts, à raison de deux ans et demi chacun.

Restent à trouver les noms pour chacune des fonctions. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a déclaré ne pas être candidat. Le Belge Charles Michel, cité pour la présidence du Conseil, n’a pas fait de déclarations.

L’accord devra respecter des exigences de parité et d’équilibres géographiques. Donald Tusk s’est engagé à faire nommer deux femmes.

Plusieurs autres sujets difficiles ont été inscrits à l’ordre du jour de ce sommet. Des discussions animées sont notamment attendues sur l’objectif de neutralité carbone – un équilibre entre les émissions et les absorptions de gaz à effet de serre par les sols et les forêts – à l’horizon 2050.

Dans un projet de conclusions vu par l’AFP, cette date, réclamée par les défenseurs de l’environnement comme gage de bonne volonté politique après la forte progression du vote Verts aux européennes, apparaît, mais sous la forme d’une requête et non d’un engagement. Les dirigeants demandent aux ministres et à la Commission de travailler sur « les conditions, les incitations et le cadre à mettre en place, afin de déterminer comment assurer une transition d’ici 2050 » vers cette « neutralité climatique ».

Mais le sommet court à l’échec si les dirigeants européens s’écharpent sur les nominations. L’incapacité des prétendants à obtenir une majorité au Parlement pourrait soulager la chancelière Merkel, a assuré un responsable européen.

« Il lui aurait été difficile de renoncer à soutenir Manfred Weber devant le Conseil des chefs d’Etat, mais l’élimination du prétendant du PPE par le Parlement européen lui permet d’examiner une autre candidature », a-t-il expliqué.

Le PPE défend plusieurs personnalités, dont Michel Barnier. « Mais la chancelière n’est pas encore prête à accepter la désignation d’un Français pour le poste », a-t-on assuré de sources française et allemande.

En cas d’échec sur les noms jeudi, un sommet extraordinaire est envisagé le 1er juillet, à la veille de la session inaugurale du nouveau Parlement au cours de laquelle il doit élire son président.

« Il faut trouver rapidement un accord car nous devons avoir une Commission européenne opérationnelle pour gérer le Brexit, surtout si Boris Johnson devient Premier ministre du Royaume-Uni », a insisté un diplomate de haut rang.

Les discussions pourraient se poursuivre en marge du sommet du G20 à Osaka vendredi et samedi, où six dirigeants européens seront présents, a estimé un responsable européen.

 

 

 

ANI AVEC AFP