galerie Après les accusations contre l’Iran, les Etats-Unis de Trump tiraillés

Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton et le président Donald Trump, le 13 mai 2019 à la Maison Blancheafp.com – Brendan Smialowski

– Quelle a été la réaction des Etats-Unis?

Il n’aura fallu que quelques heures pour que Washington accuse directement Téhéran d’être « responsable » des attaques de jeudi contre deux pétroliers.

Les attaques sont « signées » de l’Iran, a insisté vendredi le président Trump, évoquant une vidéo censée montrer, d’après la description du Pentagone, l’accostage d’un des tankers par une vedette des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime iranien, qui retire une mine non explosée de la coque du navire.

Pour autant, malgré le ton martial, son administration s’est gardée d’annoncer des mesures de représailles dans l’immédiat. Ce qui peut s’apparenter à une certaine retenue de la part d’un gouvernement qui, depuis un an, ne cesse de durcir ses sanctions économiques et diplomatiques contre l’Iran et qui a porté en mai sa campagne de « pression maximale » sur le terrain militaire en multipliant les déploiements de navires, bombardiers et troupes au Moyen-Orient.

– Guerre des mots ou guerre tout court?

« La situation entre les Etats-Unis et l’Iran devient de plus en plus dangereuse », prévient sur Twitter Colin Kahl, ancien de l’administration démocrate de Barack Obama aujourd’hui expert à l’université de Stanford, en Californie. « Les deux parties pourraient très facilement se faire emporter dans une guerre qu’elles disent pourtant vouloir éviter. »

Avec la guerre des mots permanente et la récente escalade des tensions, la crainte de nombreux observateurs et alliés des Etats-Unis est celle d’un incident qui dégénérerait en confrontation ouverte entre les deux ennemis.

Mais pour Aaron David Miller, ancien négociateur dans des administrations démocrates et républicaines, les attaques en mer d’Oman « ne suffisent pas à créer un casus belli ».

« Si, après cet incident, l’administration Trump choisissait de frapper directement des navires iraniens, ou le territoire iranien, ou des forces iraniennes en Irak et en Syrie, ou au Yémen, il aurait zéro soutien » international, dit à l’AFP ce spécialiste du Moyen-Orient au sein du cercle de réflexion Wilson Center.

– Une ou plusieurs lignes?

D’ailleurs, Donald Trump l’a dit et répété: il ne veut plus engager l’armée américaine dans des conflits coûteux et « sans fin ».

Si le ministre de la Défense par intérim Patrick Shanahan s’est dit déterminé à « défendre » les « forces » et les « intérêts » américains à travers le monde, il a réitéré que Washington ne cherchait pas le conflit. « Le gouvernement américain met l’accent sur la diplomatie », a-t-il insisté.

Au Pentagone, on souligne que ni les intérêts ni le personnel américains n’ont été attaqués à ce stade et qu’il s’agit donc d’une question de trafic maritime mondial, qui doit être réglée au niveau international.

Mais il est de notoriété publique que le propre conseiller du président pour la sécurité nationale, John Bolton, a des positions beaucoup plus va-t-en-guerre. Le chef de la diplomatie Mike Pompeo est lui-même considéré comme un faucon sur le dossier iranien, même s’il s’efforce de coller à la ligne de Donald Trump.

– Que veut Trump?

Au-delà de la riposte à ces attaques, c’est tout l’objectif de la stratégie de pression américaine qui reste flou.

Donald Trump a quitté il y a un an l’accord international de 2015 censé empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique, assurant vouloir contraindre la République islamique à accepter un texte plus contraignant en matière nucléaire et à cesser son comportement jugé « déstabilisateur » au Moyen-Orient.

Et ces derniers temps, alors même que ses équipes renforçaient la pression économique, diplomatique et militaire contre l’Iran, le milliardaire républicain a multiplié les appels au dialogue direct avec les dirigeants iraniens.

Mais face au refus catégorique du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, il semble indécis sur la position à adopter. « Il est trop tôt pour ne serait-ce qu’envisager de trouver un accord », a-t-il temporisé jeudi, avant de relancer son invitation dès vendredi: « Nous voulons qu’ils reviennent à la table des négociations », « dès qu’ils sont prêts, c’est OK ».

« Le vrai problème c’est que l’administration ne sait pas vraiment ce qu’elle vise », estime Aaron David Miller, d’autant qu’un « effondrement du régime paraît improbable pour l’instant ».

Les sanctions servent-elles seulement à « détruire l’économie iranienne » ou réellement « à négocier un meilleur accord »? L’ex-diplomate doute de la sincérité de l’administration lorsqu’elle plaide le dialogue. « Je ne pense pas qu’elle soit prête aux concessions que réclameraient les Iraniens dans des négociations sérieuses. »

 

 

 

ANI AVEC AFP