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RDC, Centrafrique, questions intérieures: M. Augusto, ministre angolais des AE

Manuel Augusto, ministre angolais des Affaires étrangères : « On veut voir des institutions qui fonctionnent normalement » en RDC. mae-gov.mg

L’invité de la rédaction est Manuel Augusto, le ministre angolais des Affaires étrangères. Au cours de sa visite à Paris, il a notamment rencontré le président français Emmanuel Macron pour parler coopération bilatérale mais aussi de leur collaboration sur le dossier centrafricain. Il a également vu la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, pour lui remettre la candidature de son pays. L’occasion de faire le point sur différents dossiers, les relations avec la RDC, le changement à la tête de la Sonangol, les poursuites contre l’ancien vice-président Manuel Vicente. Manuel Augusto répond aux questions de Sonia Rolley.

Quatre mois après l’investiture de Félix Tshisekedi, il n’y a toujours pas de gouvernement chez votre voisin. Est-ce que cette situation vous inquiète ?

Manuel Augusto: Comme un bon voisin, cela nous préoccupe. Nous voulons voir une RDC avec des institutions qui fonctionnent d’une façon normale car en effet, il y a des engagements entre les deux gouvernements, notamment dans l’organisation de la prochaine commission ministérielle bilatérale de coopération, et nous ne pouvons pas le faire s’il n’y a pas un gouvernement établi. Donc notre préoccupation va dans ce sens-là.

Parlez-vous régulièrement avec Félix Tshisekedi et Joseph Kabila ?

Oui, nous avons des contacts privilégiés avec les principaux acteurs de la politique congolaise. Nous avons de bons rapports avec le président Félix mais nous avons aussi de bons rapports avec le gouvernement disons de gestion de la RDC, l’ancien gouvernement du président Kabila et le cercle politique lié au président Kabila.

L’opposition congolaise demande au président Félix Tshisekedi de divorcer avec Joseph Kabila. Etes-vous plutôt pour un divorce ou êtes-vous pour mariage arrangé ?

J’aime toujours voir de bons mariages. Je pense que la famille, c’est la base de la société. Donc, si ce mariage peut contribuer à l’unité de la famille, tant mieux. Ce qui nous semble important, c’est que les institutions issues des élections du 31 décembre puissent prendre leurs responsabilités. Il y a la responsabilité du chef de l’État, celle de l’Assemblée nationale et du Sénat… et donc, c’est le jeu politique qui doit se faire normalement.

A nouveau, des milliers de Congolais ont été expulsés de votre pays. Certains parlent de mauvais traitements. C’est ce que disent les expulsés qui arrivent en RDC. Certains ont témoigné auprès des organisations locales.

Mais il y a aussi une grande majorité qui dit vouloir revenir [en Angola]. Je ne vois donc pas comment des gens veulent revenir dans un pays où ils ont été maltraités.

Qu’est-ce qui pourrait être fait, justement, pour éviter ce problème, puisque vous vous retrouvez régulièrement à expulser des Congolais qui viennent pour chercher du travail chez vous ?

Tout d’abord, il faut que les autorités congolaises – et on le souhaite – puissent être en mesure de contrôler le flux migratoire en provenance de leur pays. Vous savez que la RDC est aussi utilisée pour les grands réseaux de trafic, le trafic de diamants surtout, à cause tout d’abord de la grandeur de la frontière et ensuite de la faiblesse du contrôle policier administratif.

Oui mais vous avez la frontière qui est partagée à deux…

Mais la source de l’immigration ce n’est pas l’Angola ! Il faut donc résoudre le problème dans la source et non pas dans la destination ! Ce qu’il faut dire et ce que nous reconnaissons tous, c’est que ce sont 2 500 kilomètres de frontière entre l’Angola et la RDC et que nous n’avons pas de moyens, ni humains, ni techniques, pour contrôler toute la frontière. Il faut aussi souligner que l’Angola a expulsé des immigrants illégaux qui pratiquent l’exploration illégale de nos ressources.

Mais il y a aussi – le HCR en tout cas le disait lors de précédentes expulsions – des réfugiés du Kasaï, des gens qui avaient fui les violences du Kasaï et qui se retrouvaient pris dans ces vagues d’expulsions.

Si un réfugié se déplace du côté des trafiquants, il n’est plus réfugié.

Où en est le procès de l’ancien vice-président Manuel Vicente qui avait été transféré du Portugal vers Luanda où justement vous aviez promis de le juger ? Depuis, pas de nouvelles.

Non, on n’a pas promis de le juger. En tant qu’État, on pensait à ce moment-là et on le pense toujours que le Portugal n’avait pas la juridiction pour juger. Or, le secteur judiciaire du Portugal a essayé de juger non seulement le citoyen angolais Manuel Vicente mais aussi l’ex-vice-président Manuel Vicente. Ce sont des choses différentes.

Il y a quand même eu de grosses affaires ou dénonciations qui ont eu lieu dans la presse, notamment. Il y a des éléments qui avaient été apportés.

Oui, mais même dans les Cours portugaises, il n’a pas été condamné.

Donc, vous ne pensez pas qu’il va être poursuivi ?

Non, non… Le processus est là, dans les instance parce qu’en Angola nous n’avions aucune affaire contre Manuel Vicente. Même le Portugal a parlé d’un cas qui s’est passé au Portugal mais pas en Angola. Donc, d’un point de vue juridique, je ne peux pas anticiper la décision mais je pense que le processus va être renvoyé aux archives.

Classé sans suite ?

Oui. Il n’y a pas de matière en Angola. Et même au Portugal, il n’a pas été prouvé qu’il y avait matière judiciaire.

Pourquoi avoir décidé de rejoindre la Francophonie ?

Parce que nous sommes dans un milieu francophone très puissant. L’Afrique centrale est presque toute francophone et nous sommes un des membres actifs de l’Afrique centrale. Ça, c’est une raison de base, déjà, pour le devenir. Par ailleurs, on ne peut que s’insérer dans des organisations ou dans des communautés auxquelles la majorité de nos voisins appartiennent.

 

 

 

 

RFI

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