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Bill Sisk, un GI de 17 ans dans l’enfer du débarquement à Utah Beach

Bill Sisk, qui a débarqué en Normandie en juin 1944, à Lynchburg (Virginie) le 29 avril 2019afp.com – MANDEL NGAN

« J’étais trop jeune. Je n’ai rien fait », assure ce tranquille retraité, rencontré chez lui à Lynchburg, à 300 kilomètres au sud de Washington. « Si vous cherchiez un héros, vous ne l’avez pas trouvé ».

Encore vigoureux à 92 ans, l’oeil pétillant, il raconte son aventure avec une modestie désarmante.

Herbert « Bill » Sisk est encore au lycée de Lynchburg quand il s’engage dans l’armée américaine en 1943, à 16 ans, après avoir menti sur son âge.

Il est envoyé sur la grande base militaire de Fort Bragg, en Caroline du Nord, pour une formation qui doit durer quatre mois mais qui est écourtée au bout de neuf semaines.

Intégré à la 90e division d’infanterie de l’armée de terre, il embarque avec 15.000 autres soldats à bord du Queen Elizabeth pour une traversée de l’Atlantique semée d’embuches, en raison des sous-marins allemands.

Peu après son arrivée à Glasgow (Ecosse), son unité – le 359e régiment d’infanterie – est transférée à Cardiff (Pays de Galles) où il reçoit une formation d’opérateur radio.

Il ne sait rien de la date, ni du lieu du débarquement.

« Chaque jour on s’entraînait et on revenait, on s’entraînait et on revenait. Un jour, on est partis et on n’est pas revenus. On a juste continué », raconte-t-il.

– « Feu d’artifice » –

Il débarque dans l’après-midi, alors que la plage est sécurisée et nettoyée de ses morts. « Ce n’était pas comme Omaha Beach, (où) ils ont débarqué face à une falaise. Nous avions un terrain ouvert. Pas de souci », affirme-t-il, toujours modeste.

Il transporte un énorme poste de radio, l’ancêtre du talkie-walkie, dans un sac à dos. Comme il est le plus jeune, il cherche à s’abriter auprès de soldats plus aguerris que lui. Il repère un gaillard avec un énorme fusil-mitrailleur.

« Je me mets à côté de lui, il me regarde de toute sa hauteur et il me dit: fous le camp! », raconte-t-il. « Tu vois cette antenne qui dépasse de trois mètres au dessus de ta tête? Eh bien tous les Allemands la voient, c’est une cible. Je ne veux pas être à côté de toi ».

Il a 18 ans trois jours après le débarquement. « Je dis toujours que j’ai eu une grande fête », sourit-il. « Pas de gâteau, pas de bougies, pas de glace, pas de cadeaux mais un sacré feu d’artifice! »

Un sergent de son unité le prend sous son aile. « Il avait une quarantaine d’années et j’étais un gosse », raconte-t-il. « Il me traitait comme son fils ».

– L’or des nazis –

Son unité est dirigée vers Sainte-Mère-Eglise mais la progression est lente, les haies séparant les champs du bocage servant d’abris à l’ennemi. Quand il arrive, le village est déjà libéré et son unité est envoyée à Mont Castre, point culminant de la région, où il est blessé à une jambe alors qu’il se prépare à manger son premier repas chaud depuis des jours.

Il est évacué vers l’Angleterre où il échappe de peu à l’amputation et où il restera quatre mois avant de rejoindre près de Paris la 90e division dirigée par le général George Patton.

Son unité est envoyée à l’est, à la poursuite des nazis. Elle libère le Luxembourg avant de prendre Francfort et de poursuivre sa progression vers le nord-est. C’est elle qui découvre l’or des Nazis dans les mines de sel des Merkers le 4 avril 1945.

Il raconte que grâce à un ami membre de la police militaire, il voit cet or. « J’ai eu de la chance », sourit-il.

– Camp de concentration –

Mais peu après, Patton ordonne à la 90e division de poursuivre sa progression vers l’est et elle tombe sur le camp de concentration de Flossenbürg. Le jeune Bill, qui est choqué par ce qu’il découvre, avait emporté un appareil photo. Ses clichés, qu’il a conservés, montrent des visages hagards derrière des barreaux, les fosses communes, la porte du four devant laquelle une chaussure a été oubliée.

Une expérience difficile pour un soldat encore adolescent? « Oh, oui… On grandit très très vite », répond-il pudiquement.

A son retour à Lynchburg après la guerre, Bill reprend ses études, passe son bac, décroche un diplôme d’économie et trouve un emploi dans une chaîne de grands magasins. Il se marie, a deux enfants et fait construire, grâce aux prêts avantageux du « GI Bill » (loi GI), la maison où il vit encore.

Quand on lui demande pourquoi il a décidé si jeune, comme d’autres Américains, d’aller se battre si loin des siens, dans un pays qu’il ne connaissait pas, il hausse les épaules.

« Je ne pense pas que nous ayons beaucoup réfléchi », dit-il. « Après Pearl Harbor, je pense que nous sommes tous devenus plus patriotes. Plus bêtes aussi, peut-être ».

 

 

 

ANI AVEC  AFP

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