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Mali: l’armée française s’installe de l’autre côté du fleuve Niger

Un soldat français de la force Barkhane se tient près d’un enfant, lors d’une patrouille à Gossi, le 25 mars 2019 au Mali afp.com – Daphné BENOIT

Dans le Liptako, à la frontière entre le Mali et le Niger, où Barkhane se bat depuis fin 2017 contre le groupe appelé Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) et où sont actuellement déployés 500 soldats français, les efforts commencent à donner des résultats, estime le chef d’état-major français, le général François Lecointre.

« On a atteint un certain point de développement, de restauration de l’Etat malien et d’affaiblissement de l’ennemi », fait valoir le général Lecointre. « A Ménaka (nord-est), il y a un véritable retour des habitants, la réinstallation de l’Etat et le retour des forces maliennes, parce qu’ils pensent que l’ennemi est désormais à leur portée ».

Ainsi, explique-t-il, « aujourd’hui, nous nous préparons à une extension dans une autre région contigüe, le Gourma, pour conduire la même action » dans ce vaste espace de passage situé sous la boucle du fleuve Niger, s’étendant sur trois régions maliennes (Gao, Tombouctou et Mopti).

Ce déploiement comporte des risques, comme est venue le rappeler la mort mardi dans le Gourma d’un médecin militaire, le capitaine Marc Laycuras, frappé par une « détonation au passage d’un VAB (Véhicule de l’Avant Blindé) » qui a blessé un de ses compagnons, a indiqué le porte-parole de l’état-major des Armées françaises, le colonel Patrik Steiger.

Traversé par la route reliant Bamako à Gao (nord), le Gourma est « réputé être une zone sanctuaire » pour plusieurs groupes armés, implantés notamment dans les forêts et à la frontière avec le nord du Burkina Faso, souligne le général Frédéric Blachon, commandant de l’opération Barkhane.

Le nord du Mali est tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes, en grande partie dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et de l’ONU, malgré la signature en 2015 d’un accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.

– Confluence de groupes armés –

Depuis 2015, les violences se sont propagées du nord au centre du pays, beaucoup plus densément peuplé, se mêlant très souvent à des conflits intercommunautaires.

Une tuerie imputée à des chasseurs dogons se présentant comme un « groupe d’autodéfense » antijihadiste a ainsi fait quelque 160 morts le 23 mars dans le village peul d’Ogossagou, près de la frontière burkinabè.

Pour rayonner dans le Gourma, où l’armée malienne a subi ces dernières semaines de lourdes pertes, Barkhane a fait sortir de terre une base avancée à proximité de la ville de Gossi, propre à accueillir quelques centaines de militaires français.

Outre quelques éléments de l’EIGS, dans le sud-est, plusieurs groupes armés sévissent dans la zone. Parmi les plus actifs figure la « katiba (cellule combattante) Gourma », affiliée à la principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda.

Son chef, Al-Mansour Ag Alkassim, a été tué en novembre lors d’un raid français dans le Gourma, mais le groupe continue de poser des engins explosifs artisanaux et d’organiser des attaques complexes, selon Barkhane.

Le groupe jihadiste Ansaroul Islam, implanté dans le sud du Gourma, à la frontière avec le Burkina Faso, est accusé de semer la terreur dans le nord de ce pays, en proie depuis 2015 à une spirale de violences dont les autorités semblent incapables d’enrayer la propagation, y compris dans l’est du territoires.

« Dans le Gourma, vous êtes à la poignée de l’éventail. Vous êtes notamment en mesure d’apporter un appui au Burkina s’il venait à le souhaiter », relève le général Blachon.

A terme, « en fonction des progrès que nous ferons en matière de sécurité et développement et de réinstallation de l’Etat malien, il y aura une bascule de l’effort dans le Gourma, avec une présence plus légère dans la zone du Liptako », explique le général Lecointre.

Plus à l’ouest, dans la région de Mopti où opère le groupe jihadiste du prédicateur radical peul Amadou Koufa, « on est en mesure d’intervenir si besoin », commente un haut gradé français de Barkhane.

Mais « le gouvernement malien a toujours fait savoir qu’il s’occupait de cette zone. C’est une question de fierté nationale », tempère un autre haut responsable militaire, écartant pour l’heure l’hypothèse d’une opération française dans cette région, à l’image de l’implantation entamée dans le Gourma.

 

 

 

ANI AVEC AFP

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