galerie Côte d’Ivoire : Affi N’Guessan fragilisé après sa rencontre avortée avec Gbagbo

Pascal Affi N’Guessan et Laurent Gbagbo. © Photomontage / photos : JA et SIPA / AP

La rencontre avortée entre Pascal Affi Nguessan et Laurent Gbagbo, qui devait se tenir la semaine dernière à Bruxelles, provoque des remous au sein du FPI. Candidat déclaré à l’investiture du parti pour la présidentielle de 2020, l’ex-Premier ministre de Gbagbo s’en trouve fortement fragilisé.

L’onde de choc de la rencontre avortée de Bruxelles n’a pas été longue à se faire sentir à Abidjan, sur fond de défections dans les rangs des proches de Pascal Affi N’Guessan. La démission d’Agnès Monnet en est le signe le plus visible. La secrétaire générale et porte-parole du Front populaire ivoirien (FPI, tendance Affi N’Guessan) a claqué la porte.

Une démission qui est intervenue dimanche, au lendemain d’une conférence de presse lors de laquelle Pascal Affi N’Guessan a catégoriquement refusé de reconnaître le leadership de Laurent Gbagbo sur le parti que ce dernier a fondé.

« Avec tout le respect que je lui dois, il n’est pas le président du FPI. Je peux de ma propre initiative décider de me retirer de la direction du parti au profit d’un autre cadre du Front populaire ivoirien, y compris le président Gbagbo, mais on ne peut pas me dire que Gbagbo est président du FPI », a notamment martelé Pascal Affi N’Guessan devant les journalistes, samedi, à laquelle Agnès Monnet n’a pas assisté. L’épouse d’Emmanuel Monnet, ex-ministre de l’Énergie et du pétrole de Laurent Gbagbo – toujours en exil à Accra et ponte de la dissidence du FPI -, avait fait dire à Pascal Affi N’Guessan qu’elle entrait dans une retraite spirituelle…

Démission fracassante

Pour justifier sa démission Agnès Monnet, qui s’était personnellement impliquée dans le projet de rapprochement entre Gbagbo et Affi et travaillait à la réconciliation entre les deux camps ennemis du FPI, s’est montrée plus directe : elle accuse Pascal Affi N’Guessan de n’avoir pas su contrôler ses émotions lorsque que des responsables dissidents – en l’occurrence l’ex-ministre Assoa Adou -, ont posé pour préalable à sa rencontre avec Laurent Gbagbo sa démission de la présidence du parti.

« Camarade, à l’analyse des différents communiqués rendus publics à l’issue de ton séjour à Paris [d’où il devrait se rendre à Bruxelles, NDLR], je ne puis que faire le constat douloureux de l’échec cette initiative », écrit-elle. « En plus, ta dernière conférence de presse (…) vient compliquer le tableau, en jetant la suspicion sur ma démarche », assène-t-elle.

Affi N’Guessan, qui a appris la démission de sa collaboratrice par des médias en ligne avant que la lettre ne lui parvienne, a nommé Issiaka Sangaré pour remplacer Agnès Monnet. Sangaré est l’un de ses grands fidèles. Ce candidat malheureux du FPI aux législatives de décembre 2016, fidèle de Pascal Affi N’Guessan, est aussi, et peut-être surtout, le frère cadet d’Aboudramane Sangaré, figure de proue des dissidents, décédé début novembre 2018.

Les « Gbagbo ou rien » à l’offensive

Outre cette démission d’une des rares élues proches d’Affi, qui vient le fragiliser davantage, à un peu plus d’un an de la présidentielle de 2020, Moïse Lida Kouassi, vice-président de la dissidence au sein du FPI  a enfoncé le clou, lors d’un meeting à Marcory. « En vérité, Affi N’Guessan s’est montré plus nocif et plus nuisible au FPI que le pouvoir de Ouattara. Non seulement il a fait emprisonner ses camarades de lutte et il s’en est vanté, mais il s’est accaparé le patrimoine du parti, le groupe Nouvel Horizon, dont il n’en est même pas actionnaire. Les fonds publics de financement des partis politiques qu’il prend au nom du FPI, et bien d’autres encore ! »

Des accusations graves, qui montrent le niveau de rancœur que les « Gbagbo ou rien » nourrissent à l’endroit de Pascal Affi N’guessan, qu’ils accusent de vouloir « tuer politiquement » Gbagbo.

Pour l’analyste politique Sylvain N’Guessan, ce nouveau bras de fer à distance entre Laurent Gbagbo – qui garde le silence, laissant ses affidés prendre la parole – et celui qu’il avait lui-même désigné comme son successeur à la tête du FPI, en 2001, est à la défaveur de ce dernier.

« Capituler selon les conditions des intermédiaires, en démissionnant de la présidence du FPI avant de rencontrer Gbagbo ? A sa place, je refuserais. Il ne lui reste plus qu’à créer sa propre formation politique. Un parti politique naît, grandit et meurt. Déjà Lider [Liberté et démocratie pour la République de Mamadou Koulibaly, ancien président par intérim du FPI, NDLR] a commencé à prendre son envol ».

 

 

JA