galerie Le soutien de Cuba au Venezuela dans le collimateur de Washington

Des partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro brandissent des drapeaux de Cuba et un portrait de Fidel Castro, le 26 novembre 2016, au lendemain de la mort du leader cubain afp.com – JUAN BARRETO

« Le temps est venu de libérer le Venezuela de Cuba », a lancé vendredi le vice-président américain Mike Pence, dénonçant une « influence négative » de La Havane.

Un discours qui fait écho à celui sur « la troïka de la tyrannie » (Venezuela, Cuba, Nicaragua) prononcé en novembre par John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump.

La connivence entre Caracas et La Havane n’est un secret pour personne, et c’est au Venezuela que le président cubain Miguel Diaz-Canel a réalisé son premier voyage à l’étranger après avoir succédé à Raul Castro en avril dernier.

Cuba a aussi été un des premiers pays à apporter son « ferme soutien » à Nicolas Maduro le 23 janvier, quelques heures après la décision de son opposant Juan Guaido de se déclarer président par intérim.

Cette complicité « remonte à (Hugo) Chavez », président du Venezuela de 1999 jusqu’à son décès en 2013, raconte Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain à Washington.

Chavez « admirait Fidel Castro, c’était presque comme une relation père-fils », ajoute-t-il. « L’engagement de Cuba au Venezuela a alors commencé, de manière très forte ».

– « Au-dessus de Maduro, Cuba »? –

Pour Rocio San Miguel, avocate vénézuélienne spécialiste des questions militaires, « l’entrée (de Cuba) dans l’appareil d’Etat (du Venezuela) commence très clairement à partir de 2005, et probablement dès 2004 ».

Et ce sont « cinq domaines sensibles pour la sécurité nationale qui ont été peu à peu contrôlés par Cuba »: « Les registres notariaux, l’émission de papiers d’identité, les services de renseignement, les forces armées et la police nationale ».

Très vite, les deux partenaires se mettent d’accord sur une équation: Caracas fournit le pétrole à prix d’ami ainsi qu’un soutien économique, tandis que La Havane offre le service de milliers de médecins, d’entraîneurs sportifs ainsi de conseillers militaires.

« Cuba a bien plus gagné dans cette alliance que le Venezuela », estime Paul Webster Hare, ancien ambassadeur britannique ayant vécu dans les deux pays et désormais professeur à l’université de Boston.

« Je ne pense pas qu’il y ait deux autres pays dans le monde avec des gouvernements aussi imbriqués que ceux de Cuba et du Venezuela », souligne-t-il. « Il y a des rapports selon lesquels Nicolas Maduro reçoit des briefings quotidiens des services secrets cubains! »

« Au-dessus de Maduro, il y a Cuba, dans la prise de décisions », affirme Rocio San Miguel, ce que tempère Michael Shifter, qui rappelle qu' »il n’y a pas de preuves ».

– « Un peu d’inquiétude » –

Depuis le début de cette crise, La Havane nie farouchement toute ingérence de sa part au Venezuela.

Sur Twitter, plusieurs hauts responsables du ministère des Affaires étrangères n’ont cessé de traiter John Bolton de « menteur » quand il a évoqué une mainmise cubaine sur l’armée vénézuélienne, comparant ce « mensonge » à celui sur les armes de destruction massive que l’Irak de Saddam Hussein était supposé cacher mais qui n’ont jamais été trouvées.

Il n’empêche, La Havane suit le dossier de près. « Je pense qu’ils sont extrêmement inquiets », avance Michael Shifter.

Reflet de cette préoccupation, mercredi dernier, le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a invité pour la première fois les ambassadeurs européens pour évoquer avec eux plusieurs thèmes d’actualité, dont le Venezuela comme point fort.

« J’ai noté un peu d’inquiétude », confie à l’AFP un diplomate ayant participé à la réunion.

« Ils sont un peu gênés aux entournures et avaient besoin d’expliquer clairement leur position », assure un autre, qui ajoute que, concernant le Venezuela, « il y a une vraie préoccupation sur le manque à gagner » si Nicolas Maduro quitte le pouvoir.

La perte du pétrole vénézuélien fragiliserait une économie cubaine déjà en berne, mais, avec la chute des livraisons ces dernières années, l’île s’y est préparée, explique Paul Hare, et « a commencé à chercher des fournisseurs alternatifs de pétrole: la Russie, l’Iran et d’autres pays » comme l’Algérie.

« Diplomatiquement, ce serait un coup dur » qui renforcerait l’isolement international de Cuba, prédit-il surtout.

Planerait alors « la menace que les Etats-Unis axent leurs efforts sur Cuba après le Venezuela », note Michael Shifter, qui juge « possible » de nouvelles sanctions américaines contre La Havane dans les prochains mois.

Quant à Nicolas Maduro, « s’il ne se bat pas jusqu’au bout et décide de partir en exil, (Cuba) serait un endroit logique où aller ».

 

 

ANI Avec AFP

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