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A Davos, l’élite se préoccupe du climat mais vole en jet privé

L’ancien vice-président américain Al Gore, le 22 janvier 2019 à Davos afp.com – Fabrice COFFRINI

Etre ou ne pas être au Forum économique de Davos ? Telle est la question que Greenpeace se pose chaque année. Venir « n’est pas une évidence. Parce qu’il s’agit du rassemblement d’une élite qui est responsable de tous les maux que nous subissons à l’heure actuelle », confie à l’AFP Jennifer Morgan, directrice exécutive de l’organisation non-gouvernementale britannique.

Comme un symbole, après Donald Trump l’an dernier, c’est un autre climato-sceptique affiché, le président brésilien Jair Bolsonaro, qui avait cette année l’honneur de la tribune, au grand dam des ONG, inquiètes de l’impact de ses projets économiques pour la forêt amazonienne et les tribus autochtones.

La directrice de Greenpeace a pourtant repris son bâton de pélerin, aux côtés de grandes figures de l’écologie: la primatologue Jane Goodall, le naturaliste David Attenborough ou l’ex-vice-président américain Al Gore.

Ils ont du grain à moudre: de l’industrie pétrolière au secteur de la chimie en passant par les transports ou l’agroalimentaire, les patrons à convertir aux énergies renouvelables ou aux alternatives au plastique ne manquent pas dans les couloirs feutrés du centre des Congrès de Davos.

En témoigne le nombre record de vols de jets privés attendus cette semaine dans les aéroports avoisinant la coquette station des Alpes suisses: 1.500 contre 1.300 un an plus tôt, selon la société d’affrètement Air Charter Service (ACS).

Un paradoxe alors que le changement climatique a été placé au premier rang des risques pour l’économie mondiale par les participants au Forum, dans un sondage dévoilé la semaine dernière par les organisateurs.

– « Fortement recommandé » de marcher –

Ces derniers font feu de tout bois pour « verdir » l’événement: des limousines électriques transportent une partie des personnalités officielles et la marche dans les rues enneigées, avec crampons, est « fortement recommandée » pour les autres.

Les pailles en plastiques sont bannies, les assiettes sont en carton recyclable et les bouteilles de soda en verre.

« Le Forum s’engage à réduire et compenser l’empreinte carbone de l’événement », clament des affiches sur fonds de ciel azur. Les organisateurs assurent aussi compenser intégralement les émissions carbone générées par le transport aérien via des initiatives en faveur de l’environnement.

Le programme fait la part belle à ces thèmes avec de nombreux ateliers autour de la lutte contre les déchets en plastique ou la projection de « Notre planète », un documentaire de David Attenborough.

Après des années de lobbying, le message commence à passer, estime Marco Lambertini, le directeur général du Fonds mondial pour la nature (WWF).

« Je pense que de nombreux dirigeants à Davos comprennent que la protection de l’environnement n’est plus seulement un truc sympa à faire mais que c’est devenu essentiel à la pérennité de leurs affaires », dit-il. « Le changement climatique, les sécheresses, la surpêche, la déforestation, tout cela affecte leur fonds de commerce: le business ».

De fait, les images exceptionnelles de « Notre Planète » montrant un iceberg haut comme un gratte-ciel qui s’enfonce dans les flots avec un craquement sinistre, ont semblé marquer une assemblée silencieuse.

« Il faut vraiment que le monde des affaires commence à faire quelque chose », s’exclame à la sortie Ken Allen, le patron du transporteur DHL Express. « Rien ne peut changer sans législation mais ça doit commencer par nous », affirme ce convaincu, avant de se rendre à un rendez-vous avec un expert des alternatives aux plastiques.

Jair Bolsonaro, lui-même, s’est montré un peu plus conciliant à Davos, assurant que « l’environnement et les efforts de développement doivent avancer main dans la main ».

Pas de quoi rassurer Jennifer Morgan de Greenpeace, pour laquelle « il y a un double discours » à Davos.

Pour faire « une véritable différence » selon elle, les organisateurs du Forum devraient rassembler autour d’une table des acteurs clés, du secteur énergétique par exemple, et leur demander « comment on sort du carbone ».

« Cela n’est jamais fait ici. C’est au mieux une occasion manquée, au pire une manière d’éviter de prendre ses responsabilités pour les dégâts causés à la planète ».

 

 

 

ANI Avec AFP

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par AFRIQUE NEWS INFO Posté dans MONDE