galerie Rétro 2018 : les mots qui ont fait l’actu

Le président nord-coréen Kim Jong-un et son homologue américain Donald Trump se recontrent lors d’un sommet historique à Singapour, le 12 juin 2018. Saul Loeb, AFP

De la réconciliation entre les deux Corées aux cris d’alerte sur le climat, en passant par les affaires Benalla et Khashoggi, retour en dix mots sur les grands évènements qui ont marqué 2018.

Novichok

L’ex-espion russe Sergueï Skripal, passé du côté britannique, a été hospitalisé le 4 mars dans un état critique à Salisbury, en Angleterre. Sa fille et lui ont été empoisonnés au dangereux agent innervant Novichok. C’est le début d’une crise digne de la guerre froide entre Londres et Moscou, qui a ravivé le climat de confrontation Est-Ouest, latent depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014.

Affaire Skripal : « C’est un contexte de nouvelle guerre froide »

Accusant la « Russie de Poutine » d’avoir ordonné cet empoisonnement, le 14 mars Londres expulse 23 diplomates russes du territoire britannique et annonce le gel des relations bilatérales. La Russie, qui clame son innocence, rétorque en expulsant à son tour 23 diplomates britanniques et en mettant fin aux activités du British Council dans le pays.

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La crise diplomatique s’étend au-delà des frontières des deux pays. Fin mars, 120 diplomates russes ont été expulsés par plusieurs pays de l’Union européenne de l’Otan, le Canada et l’Australie, dont 60 par les États-Unis, qui ferment leur consulat de Saint-Pétersbourg.

Réconciliation

Les Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang, en Corée du Sud, sont marqués par la participation de la Corée du Nord et le réchauffement entre les deux ennemies de la péninsule coréenne. Le 27 avril, les présidents des deux Corées se rencontrent dans la zone démilitarisée entre les deux États. La poignée de main historique entre Kim Jong-un et Moo Jae-in marque le début d’un rapprochement sans précédent.

Les deux hommes promettent un traité de paix pour la fin de l’année et le président américain Donald Trump entre dans la partie. Celui qui avait marqué 2017 par son aversion pour le dictateur nord-coréen le rencontre à Singapour le 12 juin. Une première depuis la fin de la guerre de Corée, en 1953. Lors du sommet, Kim Jong-un s’engage notamment à la « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne » en échange de garanties de sécurité de la part de Donald Trump.

Benalla

Alexandre Benalla, chargé de mission et conseiller d’Emmanuel Macron, est à l’origine de la première grande crise politique du quinquennat. Filmé lors des manifestations du 1er mai en train de frapper un jeune homme, alors qu’il avait été envoyé en mission d’observation et n‘était pas censé intervenir, a déclenché un scandale d’ampleur nationale.

Mis à pied après les faits pendant quinze jours et rétrogradé, aucune poursuite n’est enclenchée contre lui. Mais le 19 juillet, après des révélations du Monde, une enquête préliminaire est ouverte, et l’Élysée le licencie. C’est le début de « l’Affaire Benalla ». Rapidement, il est placé en garde à vue, puis mis en examen, notamment pour « violences en réunion ». Le désormais ex-conseiller d’Emmanuel Macron est ensuite entendu par la Commission des Lois du Sénat le 19 septembre. L’opposition critique l’action tardive de la présidence, soupçonnant Alexandre Benalla de bénéficier de privilèges particuliers.

 

Quelques jours plus tard, lors d’une réunion avec plusieurs ministres et ses proches lieutenants, le président Macron reconnaît des « dysfonctionnements » à l’Élysée.

Étoile

Une deuxième étoile sur le maillot des Bleus. Le 15 juillet, au stade Loujniki de Moscou, l’équipe de France de football a vaincu la Croatie (4-2) en finale de la Coupe du monde. Vingt ans après la victoire de 1998, le symbole est fort pour les tricolores, avec à leur tête le capitaine d’alors, Didier Deschamps. Le pays est en liesse : des centaines de milliers de supporters déferlent dans toute la France, euphoriques.

La compétition dévoile au monde le jeune attaquant Kylian Mbappé, 19 ans, élu meilleur joueur de la Coupe du monde. Il passe pourtant à côté du Ballon d’or, remis au croate Luka Modric en décembre, mettant fin à une décennie d’hégémonie de Cristiano Ronaldo et Lionel Messi.

 

Caravane de migrants

Au début du mois d’octobre, des milliers de Honduriens quittent leur pays pour rejoindre le Mexique et les États-Unis. Ils traversent le Salvador et le Guatemala où d’autres migrants grossissent les rangs de la caravane. Les trois pays, parmi les plus meurtriers au monde, avec un taux de morts violentes extrêmement élevés, sont aussi très pauvres.

Après avoir parcouru plus de 4 000 kilomètres en un peu plus d’un mois, les quelques 6 000 migrants se retrouvent bloqués à la frontière américaine, notamment dans la ville mexicaine de Tijuana. De l’autre côté, des milliers de soldats américains ont été déployés par le président Donald Trump pour leur faire barrage. Fin novembre, les forces de l’ordre repoussent 500 migrants qui tentent de traverser le mur frontalier, faisant notamment usage de gaz lacrymogène.

Face à l’impossibilité de traverser, plus de 3 000 migrants se sont dispersé dans Tijuana, et certains ont demandé des visas humanitaires aux autorités mexicaines, tandis que d’autres sont logés dans des conditions difficiles à proximité de la frontière.

Khashoggi

La disparition du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre au consulat saoudien d’Istanbul, a considérablement assombri l’image de Riyad à l’étranger et plus particulièrement celle de son homme fort, le prince héritier Mohamed ben Salmane (MBS).

Exilé depuis 2017 aux États-Unis où il chroniquait pour le Washington Post, Jamal Khashoggi, ancien proche de la famille royale devenu critique du régime, n’est jamais ressorti du consulat où il s’était rendu pour des démarches administratives. Face au tollé et aux révélations de la presse turque distillées par le régime de Recep Tayip Erdogan, Riyad a fini par concéder que le journaliste a été assassiné par des Saoudiens dans le bâtiment, tout en clamant l’innocence de MBS.

Le 13 décembre, le Sénat américain demande l’arrêt du soutien des États-Unis à la coalition internationale dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen. En contradiction avec les déclarations de Donald Trump, ils pointent du doigt la responsabilité de MBS dans l’assassinat. Sous pression, Riyad accepte de participer à des consultations de paix sur le Yémen, conduisant à un cessez-le-feu dans la ville portuaire d’Hodeïda le 13 décembre. Ce dernier n’a pas empêché la reprise d’affrontements dès le lendemain.

L’image du futur roi MBS a été considérablement ternie par l’affaire, lui qui s’était forgé jusque-là une réputation de jeune réformateur, souhaitant le changement dans la société ultra-conservatrice saoudienne.

Rapport du Giec

Le rapport de 400 pages du Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (Giec), publié le 8 octobre, tire la sonnette d’alarme sur les nombreux impacts du réchauffement climatique. Le monde devra engager des transformations « rapides » et « sans précédent » pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici à 2030, soulignent les experts de l’ONU, mettant en garde contre des risques accrus au-delà de ce seuil.

 

 

Afin de rester à 1,5 °C, les émissions de CO2 devront chuter drastiquement avant ce seuil, affirme le Giec, et le monde doit atteindre une « neutralité carbone » en 2050. Les scientifiques préviennent que l’Indonésie sera l’un des pays les plus touchés par la montée des eaux et les inondations provoquées par le réchauffement climatique. En plus de cette menace, l’archipel a été touché cette année par plusieurs séismes et tsunamis meurtriers, dont celui du 28 septembre aux Célèbes, qui a fait près de 2 000 morts et 5 000 disparus.

Trois ans après la signature de l’accord de Paris à la COP 21, le rapport a eu un écho particulier dans le monde. En France, il résonne avec la démission surprise du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, le 28 août, qui jugeait « insuffisants » les efforts réalisés pour enrayer le réchauffement climatique. Le 8 septembre, la première Marche pour le climat rassemble des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays. Une pétition en ligne lancée le 18 décembre pour appeler à soutenir une action en justice contre l ‘État français « pour qu’il respecte ses engagements climatiques » réunit près de 2 millions de signatures.

Gilet jaune

Dès la fin octobre, à la suite d’appels à manifester d’une ampleur inédite sur les réseaux sociaux, des centaines de milliers d’internautes se mobilisent en France, initialement contre la taxe sur le carburant. Les griefs s’élargissent ensuite à la baisse générale du pouvoir d’achat ou la suppression par le gouvernement de l’impôt sur la fortune. À partir du 17 novembre, plus de 280 000 personnes arborant des gilets jaunes, symbole de la protestation, entament des blocages de routes, ronds-points et péages sur tout le territoire.

Non structuré, le mouvement qui reprend ses actions tous les samedis surprend le gouvernement par son ampleur. Le 1er décembre, en sus des blocages, des affrontements avec les forces de l’ordre, destructions et pillages ont lieu en France, notamment à Paris où l’Arc de triomphe est vandalisé. Les mouvements contestataires lycéens se joignent à la fronde devenue « anti-Macron », et des revendications pour l’amélioration de la démocratie représentative, avec notamment la mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne, apparaissent.

Le Premier ministre Édouard Philippe finit par déclarer le 5 décembre que la hausse des taxes sur le carburant n’aura pas lieu en 2019, et le 10 décembre, Emmanuel Macron annonce notamment l’augmentation du SMIC de 100 euros par mois et le retour à la défiscalisation des heures supplémentaires. Avec l’arrivée des fêtes de Noël, la mobilisation faiblit. Le 22 décembre, 33 600 manifestants sont comptabilisés en France par le ministère de l’Intérieur.

Centenaire

Cent ans après la fin de la Première Guerre mondiale, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont célébré le 10 novembre la réconciliation franco-allemande à Compiègne, dans l’Oise, où avait été signé l’armistice. La guerre avait coûté la vie à plus de trois millions de soldats français et allemands.

Le 11 novembre, les deux chefs d’État se sont retrouvés sous l’Arc de Triomphe à Paris en compagnie, entre autres, de Donald Trump et Vladimir Poutine, et à Berlin le 18 novembre, où Emmanuel Macron a tenu un discours au Bundestag, insistant sur l’importance de la relation franco-allemande pour relancer le projet européen.

Mukwege

La remise du prix Nobel de la paix au gynécologue congolais Denis Mukwege, le 10 décembre à Oslo, a permis d’interpeller la communauté internationale pour réclamer la fin de l’impunité pour les auteurs de violences sexuelles en temps de guerre.

Surnommé « l’homme qui répare les femmes », le docteur de 63 ans soigne depuis deux décennies les victimes de violences sexuelles dans son hôpital de Panzi, dans l’est de la République démocratique du Congo, une région déchirée par des violences chroniques. « Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard », a-t-il affirmé.

Denis Mukwege a aussi déploré que le sort de la population congolaise passe au second plan derrière l’exploitation sauvage des matières premières. Dans des propos aux accents politiques à l’approche d’élections prévues à l’époque pour le 23 décembre en RD Congo et ensuite reportées au 30 décembre, ce critique du régime du président Joseph Kabila a dit voir « les conséquences déchirantes de la mauvaise gouvernance ».

 

 

FRANCE 24