galerie Le chef du gouvernement espagnol à Cuba, un voyage inédit en 32 ans

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez (à gauche) le 16 octobre à Madrid.afp.com – GABRIEL BOUYS

C’est une première depuis 1986: le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez arrive jeudi à Cuba pour une visite officielle de deux jours, marquée par la volonté de renforcer les liens diplomatiques et économiques avec l’île.

Attendu dans l’après-midi à La Havane, le dirigeant socialiste rendra d’abord hommage à José Marti, héros de l’indépendance cubaine, sur la place de la Révolution, avant de rencontrer en tête à tête le président Miguel Diaz-Canel, au pouvoir comme lui depuis moins d’un an.

Sa mission: « normaliser, stabiliser et approfondir les relations entre l’Espagne et Cuba », selon une source gouvernementale à Madrid.

Car la dernière colonie à avoir quitté le giron espagnol, en 1898, a longtemps eu des relations en dents de scie avec Madrid.

Elles ont été particulièrement tendues après l’adoption en 1996 de la « position commune » européenne, conditionnant tout dialogue avec La Havane aux progrès en matière de droits de l’homme, sous l’impulsion du chef du gouvernement espagnol de l’époque, José Maria Aznar.

La visite de Pedro Sanchez est « la reconnaissance par l’Espagne de l’échec de sa politique hostile » envers Cuba, soulignait mercredi, dans le quotidien officiel Granma, le secrétaire général du Parti communiste espagnol, Enrique Santiago Romero, venu à La Havane quelques jours plus tôt.

Madrid veut désormais profiter de l’ambiance apaisée générée par le dialogue politique entre Union européenne et Cuba, entré en vigueur en novembre 2017.

L’UE, tout en se disant intransigeante sur la liberté politique et les droits de l’homme, cherche à renforcer ses liens avec l’île et occuper le vide laissé par les États-Unis depuis le coup d’arrêt imposé par Donald Trump au réchauffement historique qu’avait souhaité son prédécesseur Barack Obama.

Et Cuba veut aussi se rapprocher politiquement de l’Espagne, a souligné mercredi le quotidien d’État Juventud Rebelde.

Si sa visite se déroule bien, Pedro Sanchez pourrait en profiter, selon une source diplomatique, pour annoncer une autre visite historique: celle du roi Felipe, en novembre 2019 à l’occasion des 500 ans de La Havane.

– Soif d’investissements étrangers –

L’Espagne voit également dans Cuba une vraie opportunité économique au moment où l’île va approuver, en février, une nouvelle Constitution reconnaissant le rôle important des investissements étrangers.

Troisième partenaire commercial de Cuba après la Chine et le Venezuela, avec des échanges de 1,3 milliard de dollars en 2017, le pays se rapproche peu à peu de la deuxième place. Mais si quelque 300 entreprises espagnoles sont déjà installées, elles sont souvent de taille petite ou moyenne et essentiellement dans le tourisme.

La journée de vendredi sera notamment consacrée à un forum bilatéral avec 200 entreprises, dont le géant des télécommunications Telefonica ou la compagnie aérienne Iberia.

Cuba, de son côté, a soif d’investissements étrangers: sa croissance n’a été que de 1,1% au premier semestre.

L’île souffre de la débâcle du Venezuela, son principal partenaire et fournisseur de pétrole, et vient de suspendre son programme d’envoi de milliers de médecins au Brésil, qui lui rapportait près de 400 millions de dollars par an, selon une source diplomatique.

« Ce qui se passe avec le Brésil vient aggraver la situation » de Cuba, souligne l’économiste Pavel Vidal.

Des questions épineuses devraient aussi être abordées pendant la visite: deux impayés de la dette de Cuba envers l’Espagne et les problèmes rencontrés localement par certaines entreprises espagnoles.

Mais difficile de savoir s’il osera évoquer un sujet, plus sensible encore: celui des droits de l’homme. Officiellement, aucune rencontre avec l’opposition n’est prévue au programme, alors que l’organisation dissidente des Dames en blanc a sollicité une entrevue.

Le Sénat espagnol a adopté une mention demandant à Pedro Sanchez de réclamer, lors de sa visite, la libération d’Eduardo Cardet, chef du Mouvement chrétien Libération (MCL), détenu depuis 2016 et considéré comme un « prisonnier d’opinion » par Amnesty International.

« Si le chef du gouvernement espagnol revient de l’île sans avoir rencontré des dissidents et sans avoir écouté d’autre version que celle du Palais de la Révolution, cela aura été un voyage inutile et partial », a averti, dans El Pais, Yoani Sanchez, directrice du média en ligne 14ymedio.

 

 

ANI Avec AFP

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