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Ce jour-là : le 24 avril 1990, Mobutu annonce les larmes aux yeux le tournant du multipartisme

Discours de Mobutu Sese Seko, le 24 avril 1990, pour annoncer le tournant du multipartisme au Zaïre. © Capture d’écran Youtube

Après 25 ans de règne sans partage, le maréchal Mobutu Sese Seko annonce le 24 avril 1990 la fin du parti unique au Zaïre.

Devant un parterre de ministres, magistrats, généraux et parlementaires, Mobutu Sese Seko – qui se présente vêtu d’un uniforme noir de maréchal – décide « seul devant sa conscience de tenter l’expérience du pluralisme politique dans notre pays [au Zaïre], avec à la base le principe de la liberté pour chaque citoyen d’adhérer à la formation politique de son choix ».

« Que devient le chef dans tout cela ?, poursuit-il, de sa voix martiale. Je vous annonce que je prends ce jour congé du Mouvement populaire de la révolution, pour lui permettre de se choisir un nouveau chef devant conduire… » Silence de quelques secondes du Léopard, suivi d’un regard presque suppliant en direction de l’assistance, et qui s’achève par trois petits mots devenus célèbres : « Comprenez mon émotion ».

« Confiance en notre guide »

Devant un maréchal aux yeux soudain embués de larmes, rehaussant ses lunettes pour sécher quelques gouttes lacrymales, la salle applaudit à tout rompre, avant d’entonner avec enthousiasme : « Nous avons confiance en notre guide. Qui est notre guide ? Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga ! Libérateur ! Pacificateur !  Unificateur ! ».

 

Larmes de crocodile ou larmes sincères ?

On ne saura sans doute jamais. Reste que Mobutu, qui doit sa longévité politique au soutien de l’Occident dans le contexte de la Guerre froide, pressent que le vent de l’histoire est en train de lui échapper. Quelques mois plus tôt, le soir de Noël 1989, son ami le dictateur roumain Nicolae Ceausescu a été exécuté avec sa compagne suite à un procès expéditif.

Un sort écrit d’avance

Le résultat de la chute du mur de Berlin, qui entraîne dans son sillage les démocraties populaires de l’autre côté du rideau de fer. Avec effroi, Mobutu assiste devant la petite lucarne à la mort de l’autoproclamé « Génie des Carpates », avec qui il s’était étrangement lié d’amitié – le leader zaïrois étant connu pour son anticommunisme virulent.

Ce 24 avril donc, comme pour conjurer un sort écrit d’avance, Mobutu ouvre les vannes de la démocratisation. Et les Zaïrois ne se font pas prier pour investir cette nouvelle liberté. Le soir-même, on fouille dans les greniers à la recherche de vieilles cravates ou de pantalons pour les filles, que l’on arbore avec fierté dans les rues de Kinshasa – des vêtements interdits du temps de l’État-parti au nom du retour à l’authenticité africaine.

Gabegie et économie de prédation

Des dizaines de journaux apparaissent dans les kiosques. Sans parler des partis politiques, qui poussent comme des champignons – on en recense bientôt plusieurs centaines  et entendent concurrencer le vieux Mouvement populaire de la révolution (MPR) – dont chaque Zaïrois était jusque-là membre d’office dès la naissance. Grèves et manifestations se multiplient pour dénoncer la gabegie et l’économie de prédation au sommet du pouvoir.

 

« Comprenez mon émotion… » Face au vent de liberté, qui grise le Zaïre, le maréchal n’a finalement d’autre choix que de suivre le mouvement – il tentera un temps de reprendre la main, mais en vain. Soucieux de contenter l’Occident et de ne pas se laisser déborder à l’intérieur des pillages menés par des militaires éclatent en décembre 1990, il finit par accepter le principe d’une Conférence nationale souveraine, en prenant exemple du modèle béninois, qui doit permettre une transition en douceur vers la démocratie et une troisième République.

Le 7 août 1991, après bien des atermoiements, plus de 2 600 personnes venues de tout le pays prennent place à l’intérieur de l’imposant et austère palais du Peuple, à Kinshasa. Sans crier gare, l’enceinte du Parlement devient la caisse de résonance des complaintes et des espoirs de changement des Zaïrois. On en vient même – inimaginable il y a peu !  à vilipender le Léopard.

Un maréchal de plus en plus reclus

Surtout, la Conférence finit en août 1992 par élire l’opposant historique Étienne Tshisekedi au poste de Premier ministre de la transition. Le début d’un long bras de fer entre Mobutu et l’opposition, qui s’achèvera par le limogeage du « Sphinx de Limete » en janvier 1993.

Mais le maréchal n’est désormais plus que l’ombre de lui-même. Reclus de plus en plus dans sa somptueuse et indécente demeure de Gbadolite, surnommée la « Versailles de la jungle », Mobutu semble avoir perdu la main sur les événements.

Il faudra tout de même attendre 1997, soit près de sept ans après le discours du 24 avril 1990, pour que le Léopard finisse par quitter le pouvoir sous les coups de boutoir de la guerre et de la rébellion menée par un certain Laurent-Désiré Kabila.

 

 

JA

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