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Un dîner symbolique à Mont Vernon

 Mount Vernon, en Virginie, la maison de George Washington où les Trump reçoivent les Macron à dîner le 23 avril 2018 photo A.G.

La réception offerte par les Trump à Mount Vernon, ce lundi soir, constitue un honneur rarissime.

Après le match aller à la Tour Eiffel, en juillet dernier, voici l’heure du match retour ! Ce lundi soir, à 18 heures (minuit heure française), les Macron dînent chez les Trump, qui reçoivent à domicile.

Non pas à la Maison-Blanche, comme il est de coutume, mais à Mount Vernon, la résidence privée de George Washington, le premier président américain (1789-1797). Demain mardi, pour le deuxième jour de la visite d’Etat de « Macron l’Américain« , un dîner est prévu, à la Maison-Blanche cette fois.

Érigé sur un terrain en pente douce qui descend jusqu’au Potomac, représentatif des maisons de maître de son époque -400 esclaves y travaillaient- et symbolique de l’amitié franco-américaine, le manoir de Mount Vernon, qui reçoit un million de touristes par an, n’est pas une adresse comme une autre.

 Un honneur insigne

« Il est très inhabituel de recevoir un chef d’Etat étranger en ces lieux, remarque Julianne Smith, ex-conseillère diplomatique à la Maison-Blanche sous Barack Obama. Le président Macron doit vraiment prendre ça comme une marque de respect, un honneur insigne. »

« En matière de beauté, Mount Vernon ne peut évidemment pas rivaliser avec ce que peut offrir Paris, par exemple la Tour Eiffel, mais à Washington, c’est ce que nous avons de mieux », poursuit-elle. La propriété, située à 20 kilomètres au sud de la capitale, offre un superbe panorama, en surplomb du fleuve Potomac, sans le moindre vis-à-vis.

 

Donald Trump, Emmanuel Macron et leurs épouses accueillis au prestigieux restaurant Jules Verne du premier étage de la Tour Eiffel le 13 juillet 2017 à Paris
Donald Trump, Emmanuel Macron et leurs épouses accueillis au prestigieux restaurant Jules Verne du premier étage de la Tour Eiffel le 13 juillet 2017 à Paris afp.com/YVES HERMAN
 « Le fait que les Trump reçoivent les Macron à Mount Vernon est loin d’être anodin, insiste Smith, aujourd’hui directrice du département Europe au think-tank Center for a New American Security (CNAS). En règle générale, les dîners d’Etat sont organisés sous des tentes dressées sur la pelouse de la Maison-Blanche. De tels dîners sont toujours glamour et fastueux mais, cette fois, les Trump ont visiblement voulu trouver autre chose afin de marquer le coup. »

Figurants en costume d’époque

« Trump reçoit Macron comme un empereur, » renchérit Jacob Heilbrunn, directeur de The National Interest, une revue conservatrice. La présence de figurants en costume d’époque, contemporaine de celle de Napoléon, devrait renforcer cette impression.

Mount Vernon n’a accueilli qu’un seul chef d’Etat étranger depuis la mort de George Washington en 1799. Cela remonte au mois de juillet 1961 : John F. Kennedy et Jackie reçoivent alors le président du Pakistan Muhammad Ayub Khan, accompagné de sa fille.

Sous la tente dressée dans le jardin, et décorée par la maison Tiffany, les convives se régalent des avocats mimosa au crabe de l’Atlantique, puis du poulet chasseur, préparés par le chef de la Maison-Blanche d’alors, le Français René Verdon.

Le menu du dîner Trump-Macron n’est pas encore connu. Mais l’essentiel est ailleurs, dans les symboles. Quoi de mieux, en effet, que la maison de George Washington pour célébrer l’amitié franco-américaine?

« Le président français, qui se passionne pour l’histoire, est fasciné par le rôle de la France dans la révolution américaine. Il ne manquera pas d’apprécier l’endroit à sa juste valeur », remarque le professeur agrégé Christian Monjou qui, trois années durant, a enseigné l’histoire des civilisations anglaise et américaine au jeune Emmanuel Macron, alors étudiant en hypokhâgne et khâgne à Henri IV.

Une histoire qui fascine Macron

Et l’agrégé de rappeler quelques fondamentaux historiques : « En apportant l’aide française aux « insurgents » américains, le but de Louis XVI et de Vergennes, son secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, était de prendre une revanche sur les Britanniques après la Guerre de Sept-Ans (1756-1763) par laquelle la France avait perdu la quasi-totalité de ses colonies en Amérique du Nord. L’ennui, c’est qu’ayant vidé les caisses du Trésor pour financer l’aventure américaine, le Roi a bientôt dû convoquer les Etats généraux, prélude à notre Révolution. Ce sont ces enchaînements historiques qui, je crois, fascinent Emmanuel Macron. »

A Paris, lors de la visite de Donald Trump et de son épouse, le président français avait notamment convié son homologue américain à contempler, à l’hôtel des Invalides, l’imposant tombeau de Napoléon 1er, auprès duquel Emmanuel Macron avait narré à Donald Trump l’histoire du général français devenu Premier consul (1999) puis empereur (1804). Les deux hommes s’étaient ensuite rendus au tombeau du maréchal Foch, commandant en chef de l’armée française (1917) puis de toutes les forces alliées jusqu’à la victoire de 1918.

 

Le président Emmanuel Macron et son homologue américain Donald Trump, le 13 juillet 2017 aux Invalides, à Paris
Le président Emmanuel Macron et son homologue américain Donald Trump, le 13 juillet 2017 aux Invalides, à Paris afp.com/IAN LANGSDON

Une clef de la Bastille

A Mount Vernon, le président américain lui rend la politesse, en quelque sorte, et invite son homologue à côtoyer des épisodes de l’histoire à travers plusieurs objets évoquant la France. Au rez-de-chaussée, dans le salon vert, il verra une gravure de Louis XVI qui répond à une autre, de George Washington, sur le mur en vis-à-vis. Dans le petit bureau, toujours au rez-de-chaussée, il pourra admirer un petit buste en marbre de Jacques Necker, le contrôleur des Finances de Louis XVI -autrement dit, l’argentier de l’aventure américaine.

A l’étage, dans une chambre à coucher, il tombera sur un portrait à l’huile du marquis de Lafayette, promu général par Washington, et dont le rôle fut, comme on sait, décisif contre le pouvoir colonial britannique, notamment dans la bataille de Yorktown (1781). Enfin dans le hall d’entrée, il s’étonnera de cette curiosité : une clef de la Bastille, offerte par Lafayette à Washington après la démolition de la prison, en hommage à celui qu’il appelait « le père de toutes les libertés ».

La vue sur le Potomac depuis le manoir de Mount Vernon ne vaut peut-être pas celle de Paris depuis la Tour Eiffel. Mais la propriété de George Washington, et les reliques qu’elle recèle, ont largement de quoi intéresser un président français féru d’histoire franco-américaine.

 

 

 

Par Axel Gyldén

L’express

 

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