Pourquoi des prêtres africains remplacent ceux de Lille cet été ?

Trois prêtres africains séjournent actuellement dans la capitale des Flandres. Ils remplacent les prêtres du doyenné pendant leurs congés.

Le père Guy Charly Mamondayen est l’un des trois prêtes séjournant à Lille pour l’été. (©Paul-Luc Monnier/Lille Actu)

Pour le père Thierry Vandemoortele : « C’est une belle expérience d’échange et de fraternité ».

Cette année, treize prêtres étrangers (dont douze Africains) passent l’été dans le diocèse de Lille. Bernard Boiro (Sénégal), Guy-Charly Mamoundayen (Centrafrique) et Simon-Pierre Kunda (République démocratique du Congo) séjournent près de l’église Saint-Michel, à Lille. Le point avec le père Thierry Vandemoortele, vicaire épiscopal du doyenné de Lille.

  • Pourquoi faire appel à des prêtres étrangers, l’été ?

Tous sont demandeurs. Ils nous ont écrit et nous ont demandé à séjourner dans le diocèse. Cela soulage nos prêtres qui peuvent partir un peu en vacances, à tour de rôle.

  • Quelles sont les missions que vous leur confiez ?

Ils s’occupent des demandes sacramentelles et liturgiques. Par exemple, ils disent la messe la semaine et le week-end à la cathédrale et dans les autres paroisses du doyenné (Saint-Maurice, Saint-Agustin, Notre-Dame de Pentecôte, La Réconciliation…). Ils proposent aussi le sacrement de la réconciliation.

  •  Ils œuvrent donc sur l’ensemble du doyenné ?

Oui. Avant, ils étaient rattachés à une paroisse. Depuis un an, les choses se font au niveau du doyenné. Pour nous, c’est plus facile à gérer matériellement. Pour eux, c’est plus riche. Ils ont une vision d’ensemble.

  •  Comment recrutez-vous les prêtres en ministère d’été ?

Ils font le premier pas, avec l’accord de leur évêque. Ensuite, le père Bernard Dumortier propose leurs services aux différentes paroisses du diocèse. À Lille, c’est Marie-Thérèse Verschave qui fait le lien avec eux.

  • Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent ?

Ils n’ont pas de grosse difficulté. Ils s’adaptent très bien à l’Église locale. Toutefois, le changement culturel est certain. Ensuite, il y a les conditions climatiques et les conditions matérielles. Il ne faut pas non plus oublier la langue. Nos oreilles françaises ne sont pas toujours accueillantes avec les accents différents. Ils font des efforts pour parler plus lentement.

  • Quel bilan tirent-ils de leur passage dans le Nord ?

C’est une très belle expérience d’échanges et de fraternité. Nous vivons l’universalité de l’Église. Des liens se tissent. Des amitiés se créent. Par exemple, j’accueille en ce moment un prêtre du Burkina-Faso, de passage en France pendant ses congés. Il était venu en ministère d’été à Lille, il y a quatre ans.

  • Les trois prêtres vivent à Saint-Michel. Pourquoi ?

Parce que nous avons de l’espace ! Il s’agit de logements loués à des étudiants, en temps normal. Ensuite, nous souhaitions qu’ils soient ensemble. Plus que les prêtres français, ils sont habitués à vivre ensemble. Là, ils peuvent se parler, s’épauler.

Propos recueillis par Paul-Luc Monnier

En 2015, l’église de Guy Charly Mamondayen a été incendiée par des miliciens. Il témoigne.
Bangui, 26 septembre 2015. Le corps d’un jeune musulman est retrouvé dans une rue, près de l’aéroport. Aussitôt, des musulmans se dirigent vers le cinquième arrondissement de la ville, majoritairement chrétien.
« On a tout perdu », raconte le père Guy Charly Mamondayen, curé de la paroisse Saint-Michel. « L’église, la maison d’habitation des prêtres, la maison d’habitation des religieuses et les salles paroissiales ont été incendiées. »

Il ajoute : « C’était inimaginable. On égorgeait, on abattait, on volait. C’était la catastrophe. » Ce jour-là, les affrontements entre la Seleka (des milices à majorité musulmane) et les anti-balaka (des groupes d’auto-défense chrétiens et animistes) ont fait au moins une vingtaine de morts.

Aujourd’hui, les violences ont diminué en Centrafrique. « Mais on vit encore dans l’incertitude », observe le père Guy Charly Mamondayen. Ces derniers jours, trois casques bleus marocains ont été tués à Bangassou, dans le sud-est du pays.

« Changer d’horizon »
Le père Guy Charly Mamondayen est en ministère d’été à Lille du 4 juillet au 10 août. Il confie : « Je voulais changer un peu d’horizon, faire une autre expérience, pour oublier les moments difficiles. Je voulais aussi voir ce qu’il se faisait et se vivait ailleurs. »

Ses impressions ? « J’ai été touché par la jeunesse, par la montée en puissance de la foi de la jeunesse », lance-t-il, sans hésiter. « Les jeunes aiment l’Église. Ils la fréquentent. Au confessionnal, il n’y avait pas que des personnes âgées ! »

Le père Guy Charly Mamondayen se dit touché par l’accueil de ses « chers chrétiens de Lille ». Il conclut : « Je soumets à leur intention de prière la République centrafricaine. »

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Publié le 6 août 2017, dans AFRIQUE, EUROPE. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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