La Centrafrique n’a pas les moyens de s’en sortir (Décryptage)

Trois ans et demi après l’opération « Sangaris » et l’intervention de troupes françaises, des groupes armés défient la mission de paix de l’Onu.

La moitié du pays reste livrée au chaos. Entretien avec Thierry Vircoulon, spécialiste de la Centrafrique à l’Institut français des relations internationales.

Où en est la République centrafricaine (RCA) ?

Depuis 1993, deux gouvernements prédateurs – Patassé jusqu’en 2003, puis Bozizé jusqu’à 2013 – ont détruit le pays. L’effondrement du système scolaire a privé le pays d’élites pour le redresser.

Sur les quatre à cinq millions d’habitants supposés, deux millions dépendent de l’aide alimentaire internationale et un million sont déplacés ou réfugiés à l’étranger. Le système de santé survit grâce à l’action des organisations humanitaires. Mais les donateurs n’ont jamais manifesté un grand intérêt pour la RCA. C’est une crise vouée à durer.

Qui contrôle le pays ?

La moitié du pays est tenue par des groupes armés qui se livrent, depuis 2016, une guerre intercommunautaire dans le centre. Ils lèvent l’impôt, taxent la circulation et les produits agricoles…

Il s’agit de miliciens « professionnels » centrafricains, de mercenaires tchadiens et soudanais, et de locaux qui ont pris les armes pour se défendre et gagner de l’argent.

La moitié ouest et sud-ouest du pays est plus calme et sous contrôle sh; même si le mot est un peu fort sh; du gouvernement de Faustin-Archange Touadéra, élu en février 2016, et de la Minusca, la force de maintien de la paix des Nations Unies.

Le 19 juin, un accord de paix a été signé à Rome entre le gouvernement et treize groupes armés. Quelle est sa portée ?

Il n’est pas appliqué. De tels accords négociés hors-sol ne représentent pas grand-chose. La population les perçoit comme des arrangements politiciens, lorsqu’elle en a connaissance. Ce qui est rarement le cas !

Quel est le bilan de Sangaris ?

On peut en tirer trois leçons. Quand un cycle de violence est enclenché, comme à Bangui fin 2012, il faut une intervention militaire pour le stopper et pouvoir déployer des Casques bleus. Sur ce point Sangaris a bien fonctionné. Mais le risque, et ce fut le cas en RCA, est que le plan militaire finisse par prévaloir sur le diplomatique.

La difficulté est alors de se retirer du pays. Enfin, on s’aperçoit que les gouvernements français ont du mal à s’extirper de leur histoire en Afrique et à inventer une nouvelle politique. Emmanuel Macron s’inscrit déjà dans cette continuité avec son soutien au récent G5 Sahel.

 

 

Recueilli par Théau MONNET

Ouest France

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Publié le 1 août 2017, dans AFRIQUE CENTRALE. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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