A Madagascar, l’improbable eldorado des chercheurs de saphirs

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Suspendue à une fragile construction en bois, la silhouette maculée de terre jaune disparaît sous terre, « armée » d’une barre à mine, d’une simple pelle et d’une lampe frontale. A Madagascar, la chasse aux saphirs est une jungle qui n’obéit à aucune loi.

Sur cette plaine desséchée du sud-ouest de la Grande Ile, des centaines de trous juste assez larges pour un homme donnent au paysage un air de zone de guerre. Les mineurs en remontent des kilos de gravats dans un ballet continu.

Autour d’eux, des enfants courent et des femmes font la cuisine sous des abris de fortune, le tout sous l’oeil de quelques hommes venus surveiller le site avec leurs fusils de chasse. A Betsinefe, « Germinal » rencontre « Mad Max ».

Le mois dernier, l’activité de cette mine informelle a été suspendue par les autorités après des échauffourées entre des villageois et des mineurs venus du reste du pays pour y tenter leur chance.

Albert Soja remonte péniblement à la surface. Comme la plupart des mineurs, il ne touche pas de salaire pour ses allers et retours dans les entrailles de la terre. Seules les rares pierres précieuses qu’il trouve lui rapportent quelques dizaines d’euros pièce.

« Bien sûr que ça fait peur, mais quand on veut réussir il faut prendre des risques », lance t-il, un bonnet vissé sur la tête malgré une chaleur suffocante.

« Rien que de creuser le trou, ça prend beaucoup de temps, presque deux semaines. Souvent on ne trouve rien… ça peut prendre des mois pour trouver quelque chose d’intéressant ».

  • ‘Tenir le coup’ –

Faute de saphir à vendre, sa « paie » se résume à quelques portions de riz ou de manioc fournies par un de ses « patrons ». Souvent d’origine srilankaise, ils sont propriétaires des boutiques de pierres précieuses de la ville voisine de Sakaraha.

« Les patrons financent notre nourriture et notre matériel. Ca nous permet de tenir le coup, sans leur aide on aurait faim », explique Albert Soja, « ensuite, on est obligé de leur vendre les pierres ».

Derrière son bureau qui donne sur la rue, Sunil W.J., un de ces « patrons », scrute avec une petite lampe torche les derniers saphirs bleus, roses ou jaunes clairs achetés aux mineurs.

Ses deux gardes armés font la tournée des puits alentours pour « collecter des pierres » et payer la nourriture des mineurs. Les meilleures sont envoyées au Sri Lanka pour y être « polies, taillées et vendues », raconte Sunil dans un anglais rocailleux.

Le commerce est juteux. Pour un saphir vendu au Sri Lanka 300 dollars, il verse dix fois moins au mineur. « Il y a des jours meilleurs que d’autres, mais c’est un business qui a de l’avenir », affirme-t-il en riant.

Quand vient la question des impôts, Sunil W.J. est soudain moins précis dans ses calculs et évoque une taxe sur ses exportations d’environ 10% qu’il assure payer aux autorités.

Théoriquement, l’extraction des saphirs est régie par le code minier malgache, qui exige l’obtention de permis d’exploitation et la redistribution d’une part des taxes vers les communes.

Mais dans la pratique, l’exploitation largement sauvage des pierres précieuses ne rapporte pas grand chose aux caisses de l’Etat.

  • Exportations illégales –

Selon un rapport de la Banque Mondiale, environ 250 millions de dollars d’or et de pierres précieuses ont été exportées illégalement de Madagascar en 2011, un chiffre que les experts du secteur estiment encore largement sous-évalué.

Le ministre chargé des Mines et du Pétrole ne peut que le reconnaître: « Ces petites mines sont hors du contrôle de l’Etat », dit Ying Vah Zafilahy, « donc on n’a pas de statistique officielle sur leur existence et sur les taxes qu’on peut y prélever ».

« Nous espérons cette année pouvoir les recenser pour les formaliser », promet-il.

Découvert à la fin des années 90, le saphir malgache fournit plus de 40% de la production mondiale. Avec ses 250 km de long, le filon de Sakaraha fait partie des plus grands de la planète.

De retour à Betsinefe, les kilos de gravats sont convoyés à dos d’homme ou par quelques charrettes tractées par des zébus.

Tout est déversé dans le fleuve Fiherena, où des dizaines de villageois s’activent pour tamiser frénétiquement la terre et révéler les pierres précieuses tant convoitées.

Dans le saphir, les « success stories » sont rares. Andry Razafindrakoto, un étudiant de 19 ans de Tulear, la grande ville la plus proche, est malgré tout venu essayer de faire fortune.

Sur un gisement voisin, il a réussi à vendre pour 4 millions d’ariarys (1.130 euros) de pierres précieuses qui lui ont permis d’acheter du matériel et d’avoir aujourd’hui une petite équipe de neuf mineurs sous ses ordres.

« Je suis venu faire du saphir car c’est difficile de trouver du travail dans un autre domaine », explique-t-il.

Malgré ses résultats très improbables, l’extraction des saphirs demeure le seul avenir de milliers de villageois de la région, dans une île très pauvre.

 

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Publié le 8 janvier 2017, dans OCEAN INDIEN. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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