CROISSANCE : FAUT-IL CROIRE AUX CHIFFRES DE L’ÉCONOMIE IVOIRIENNE ?

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Le président Ouattara a triomphalement annoncé une nette augmentation de la production des cultures vivrières dont le riz. Mais à y regarder de près, la réalité est toute autre.

Et si les données sur la production de riz, et peut-être d’autres denrées, en Côte d’Ivoire, étaient volontairement truquées par le gouvernement ? Choquante quand elle est ainsi exprimée de but en blanc, l’hypothèse est plus que probable au regard du caractère contradictoire des statistiques mises à la disposition du grand public par les autorités. Et aussi de l’embarras grandissant des institutions financières internationales face aux méthodes d’Abidjan.

Hip hip hip hourra ! Le ton d’Alassane Ouattara, le chef de l’Etat ivoirien, était triomphaliste à l’occasion d’une cérémonie à Milan (Italie) en août dernier. « La production de riz blanchi a fait un bond spectaculaire de 793 000 tonnes, passant de 550. 000 tonnes en 2011 à 1. 343. 000 tonnes en 2014 », a-t-il affirmé devant un parterre d’hommes d’affaires. Un quasi triplement qui lui donne d’espérer l’autosuffisance en riz dès 2016, a-t-il indiqué.

Il suffit pourtant d’analyser d’autres statistiques pour se rendre compte qu’il y a quelque chose qui cloche. En effet, en dépit de ce qui nous est vendu comme une explosion de la production en trois ans (une augmentation de 144%), les importations de riz en Côte d’Ivoire n’ont pas baissé, passant de 935. 000 tonnes en 2011 à 952. 000 tonnes en 2014. Ce simple constat suffit à démontrer qu’en annonçant l’autosuffisance en 2016, Ouattara s’illusionne ou tente de tromper son monde. Plus curieux, ces chiffres mis bout à bout signifient que la consommation de riz en Côte d’Ivoire serait passée, en quatre ans, de 1,5 million de tonnes environ à 2,3 million de tonnes, soit une augmentation de 53% ! En 2013/2014, un Ivoirien consommait 71 kilogrammes de riz par an ; et brusquement, en 2014/2015, il serait passé à 94 kilogrammes de riz par an !

Les habitudes alimentaires des Ivoiriens auraient-elles radicalement changé sans que l’on s’en rende compte ? La surconsommation de riz viendrait-elle pallier des pénuries enregistrées ailleurs ? Non, à en croire le gouvernement Ouattara : ce dernier affirme que la production des cultures vivrières est passée de 12 à 16 millions de tonnes entre 2011 et 2014, soit une progression de 33% – l’igname et le manioc ayant tout aussi le vent en poupe, dans le récit officiel, que le riz. Par ailleurs, les chiffres publiés par le département « Recherche » de la banque panafricaine Ecobank indiquent qu’entre 2011 et 2014, les importations globales de denrées alimentaires ont augmenté de 24%.

Défiant les lois de la science économique, la Côte d’Ivoire produirait beaucoup plus et importerait beaucoup plus… sans que les prix sur les marchés, consignés par l’Office d’aide à la commercialisation des produits vivriers (OCPV), ne baissent ! En gros, le commun des Ivoiriens serait plus riche, et sa consommation de produits alimentaires aurait pris l’ascenseur, à rebours du constat de la Banque mondiale qui pointait en 2014 un niveau de pauvreté « inquiétant ». A rebours aussi de l’Indice de développement humain (IDH) calculé par le PNUD, qui n’a crû que de 4,6% entre 2011 et 2013, beaucoup plus faiblement que la croissance du PIB déclarée. Au titre de l’IDH, la Côte d’Ivoire est toujours en 171ème position sur 187 pays classés.

Economie informelle

Et si l’hypothèse la plus crédible était tout simplement que le gouvernement ivoirien truque les données sur la production de riz, pour des raisons de communication ? Il faut comprendre qu’en Côte d’Ivoire comme dans de nombreux pays africains, une bonne partie de l’économie est informelle. Autant les chiffres de production et d’exportation du cacao, de l’hévéa ou du pétrole peuvent difficilement être « retouchés » (il est possible de les recouper avec les données des pays importateurs et de divers organismes), autant des denrées comme le riz ou l’igname ne sont ni centralisées à un lieu précis, ni taxées, ni pesées avant leur arrivée sur les marchés, où elles seront vendues par des petits commerçants qui ne paient pas de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Des méthodes statistiques d’évaluation des évolutions du secteur informel existent. Mais ce sont des organismes totalement contrôlés par les gouvernements qui produisent ces données. Ni les bailleurs de fonds ni les économistes indépendants ne sont assez présents dans les campagnes et dans les champs pour pouvoir leur apporter la contradiction. Dès lors, tout devient possible…

Indice troublant

Un indice assez troublant accrédite l’hypothèse des données manipulées. Le rapport 2013 du Département américain de l’Agriculture indique que le gouvernement ivoirien estime la production 2012/2013 à « 500 000 tonnes, soit 10% de plus qu’en 2011/2012 ». Une année plus tard, le gouvernement ivoirien a « corrigé » ses chiffres. Il affirme désormais aux Américains que la production 2012/2013 a été de 900. 000 tonnes ! Entretemps, les autorités ont produit un document de stratégie de développement du secteur riz se voulant plus ambitieux que celui qui avait déjà été rédigé… sous Gbagbo. Politiquement, il devenait urgent de montrer que le mouvement était enclenché, quitte à réécrire le passé le plus récent.

Plus profondément, Alassane Ouattara a fondé tout son « narratif » politique sur ses talents supposés de grand économiste. Du coup, il considère comme inacceptable tout ralentissement du taux de croissance de la Côte d’Ivoire, qu’il brandit comme une preuve absolue de sa compétence. Déclarer des performances mirifiques dans les secteurs informels (notamment l’agriculture vivrière) permet d’augmenter le produit intérieur brut, donc le taux de croissance. Institution financière dont est issu Alassane Ouattara, le Fonds monétaire international (FMI) se monte en tout cas de plus en plus sceptique quant aux chiffres avancés par Abidjan.

Certains de ses experts avouent avoir bondi de leur chaise quand on leur a fait savoir que la production d’igname aurait « bondi » de… 74% en 2014. Sans aller jusqu’à laisser penser que le pouvoir ivoirien manipule les données pour paraître plus beau qu’il n’est, un rapport du FMI déplore « des faiblesses importantes dans le système statistique » et « le manque de données de base dans quelques secteurs (par exemple, l’agriculture de subsistance, la construction et les travaux publics, les services immobiliers) », qui « brouillent la mesure précise des performances de croissance ». Ils révèlent qu’en 2014, de graves faiblesses dans la comptabilité publique ont été décelées, notamment des incohérences « qui affectent directement la croissance du PIB ». Jusqu’en juin 2015, le gouvernement ivoirien n’avait pas réussi à justifier ces « erreurs ». A force de vouloir paraître plus beau que l’on est, on finit par attirer l’attention sur ses artifices !

THEOPHILE KOUAMOUO
MONDAFRIQUE

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Publié le 14 septembre 2015, dans AFRIQUE DE L'OUEST, ECONOMIE. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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