Avec l’AIIB, la Chine défie les États-Unis et la Banque mondiale

China_AIIB_cReuters

En entreprenant de créer, avec le concours de plusieurs pays occidentaux, une nouvelle institution financière spécialisée dans le développement, Pékin défie les États-Unis.

Un sacré pied de nez au grand rival américain ! Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suisse ont cédé au chant des sirènes en s’associant au projet de Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) porté à bout de bras par la Chine.

La Russie, l’Australie, la Corée du Sud, et beaucoup d’autres souhaitent faire de même. Seuls les États-Unis manquent à l’appel parmi les grands pays, ce qui ne surprendra personne. Le partage du capital entre les pays membres sera décidé au cours de l’été.

« Les États-Unis ont été totalement pris au dépourvu par le nombre de ceux qui se bousculent au portillon pour rejoindre la nouvelle institution », commente Eswar Prasad, un ancien directeur du département Chine au Fonds monétaire international (FMI), qui y voit le signe du déclin de l’influence américaine sur la scène économique planétaire.

Alternative

En coulisses, l’administration Obama a pourtant mené une intense opération de lobbying contre le projet, mais la Chine semble bien avoir remporté la partie. Elle présente désormais le projet, non sans emphase, comme une alternative à la Banque mondiale, au FMI et à la Banque asiatique de développement (ADB), trois institutions qu’elle juge inféodées à l’Occident et aux États-Unis.

Washington s’est ainsi toujours opposé au sein du FMI à un rééquilibrage qui aurait donné plus de poids aux économies émergentes – les fameux Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

En 2010, le Fonds a certes adopté une vaste réforme censée déboucher sur un doublement de son capital et un renforcement du poids de la Chine et de l’Inde, mais, cinq ans après, son entrée en vigueur reste suspendue à une ratification par le Congrès, qui dispose d’un droit de veto au sein de l’institution.

Autant dire que le « rééquilibrage » en question n’aura jamais lieu. La Chine a donc fini par donner un grand coup de pied dans la fourmilière en annonçant la création d’une banque multilatérale destinée en priorité à financer les grands projets d’infrastructures de sa nouvelle « route de la soie » : un réseau de ports, d’aéroports, de routes et de voies ferrées pour quadriller la planète au départ de Pékin.

Comment a-t-elle réussi à entraîner l’Europe dans l’aventure ? Ses négociateurs auraient promis de renoncer au droit de veto de leur pays à l’ONU, assurent des sources diplomatiques. Pékin dément formellement, mais confirme avoir proposé aux pays fondateurs nombre d’avantages en matière de financements.

Court-circuiter les Américains

L’idée de l’AIIB n’a germé que l’an dernier, en marge du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (Apec). Cinquante milliards de dollars (46,5 milliards d’euros) devraient être investis dès la création de l’institution, dont le siège sera à Pékin – tout un symbole.

« La Banque mondiale et le FMI sont dominés par les États-Unis, critique un éditorial du China Daily. L’AIIB mettra tout le monde sur un pied d’égalité et fera souffler un vent d’air frais sur l’ordre économique mondial. »

Pour la première fois depuis 1945, les États-Unis vont devoir composer avec une institution multilatérale sur laquelle ils n’exerceront pas d’influence directe.
Le doute n’est donc pas permis : Pékin entend bel et bien court-circuiter les Américains. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces derniers vont devoir composer avec une institution multilatérale sur laquelle ils n’exerceront pas d’influence directe et à la création de laquelle ils étaient catégoriquement opposés.

Mais il y a d’autres raisons, plus terre à terre, à la création de cette nouvelle banque. Après avoir prêté à prix cassés des centaines de milliards de dollars aux pays africains et asiatiques, Pékin commence à s’inquiéter des conséquences. Et si un grand nombre de pays se trouvaient dans l’incapacité de rembourser ?

La Chine ne verrait donc que des avantages à une mutualisation des pertes éventuelles. « Pékin a pris beaucoup trop de risques en s’engageant seul dans le financement d’un nombre aussi considérable d’infrastructures, notamment en Afrique, commente une responsable d’ONG, à Pékin. L’AIIB lui permettra de diluer les risques, tout en continuant de tirer en coulisses les ficelles de sa politique africaine. »

Stéphane Pambrun, à Pékin
JA

Publié le 15 avril 2015, dans ECONOMIE. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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