Economie:Les Seigneurs De La Guerre Angolais ont fait Main basse Sur le Portugal

Portugal_angola

Le Portugal régna sur un empire colonial africain. Désormais, des secteurs clé de l’économie portugaise sont passés entre les mains d’oligarques angolais. Une enquête de Francis Christophe.

Quasiment dépourvu de ressources naturelles, le Portugal, bien davantage que la Grande Bretagne, la France, les Pays-Bas, l’ Espagne ou même la Belgique, était étroitement dépendant de ce qu’il appelait ses « provinces d’outremer ». Pour les conserver, le régime Salazar* n’a pas hésité, pour contrer les mouvements indépendantistes armés dans les années 60, à engager des moyens militaires énormes (à l’échelle du petit pays pauvre qu’était le Portugal).

Pendant les quatorze années qu’ont duré les guerres coloniales, le budget de la défense était largement supérieur aux budgets cumulés de l’éducation et de la santé et de l’industrie. Les jeunes portugais étaient astreints à un service militaire obligatoire de quatre ans, dont trois en Afrique. Ce sont d’ailleurs des capitaines de l’armée « coloniale » qui sont les auteurs de la « révolution des oeillets ». Le MFA (mouvement des Forces Armées) mit fin, le 25 avril 1974, au salazarisme. Un an plus tard, à l’exception de Macau, toutes les colonies portugaises avaient accédé à l’indépendance.

L’Angola, le joyau de l’empire

A l’instar du Brésil (autre ex-colonie portugaise), qui déménage sa capitale à Brasilia en 1960, les ultras du régime Salazar, pour symboliser la prédominance et la permanence des liens avec l’outremer, rêvaient ouvertement de faire de Nova Lisboa, (Huambo dans l’Angola indépendante), une ville au climat agréable sur les hauts plateaux au cœur de l’Angola, la nouvelle capitale du Portugal.

Colonie portugaise depuis le XVI éme siècle, ce territoire grand comme 15 fois le Portugal, (ou 3 fois la France), baigné par l’Atlantique sud, a somnolé jusqu’aux années 1960. Les découvertes et mises en exploitations de gisements de pétrole, de diamants, de divers minerais ont dopé à la fois l’économie et la volonté des autorités portugaises de conserver ce joyau.

25 ans de guerre civile

L’indépendance, négociée dans une grande précipitation, ajoutée à de fortes ingérences extérieures, ont plongé le pays dans 25 ans de guerre civile.

Pour contrer une offensive sud-africaine**, un corps expéditionnaire cubain contribua à sauver la capitale, Luanda, tenue par le gouvernement « légal », du MPLA, (Mouvement Populaire pour la Liberation de l’Angola, toujours au pouvoir en 2015), parti à l’époque d’obédience marxiste, seul interlocuteur du gouvernement portugais issu de la révolution. La présence militaire cubaine a rééquilibré la situation à tel point que l’administration Reagan, pourtant d’un anticastrisme virulent, ne voyait aucune objection à ce que les puits de la Gulf oil (compagnie pétrolière américaine) soient placés sous la protection de l’armée cubaine, dans la province pétrolière angolaise de Cabinda.

Revanche de l’histoire

La fin de la guerre froide -et du régime d’apartheid- ont sonné la fin de la guerre civile. L’Angola, en ruines, parsemée de champs de mines, connait un boom pétrolier injectant de volumineux capitaux entre les mains d’une petite oligarchie gravitant autour du président José Eduardo Dos Santos et de chefs militaires. Ces détenteurs angolais de capitaux ont commencé à faire leur marché à Lisbonne. D’abord de luxueux pied à terre dans les beaux quartiers, puis sont venues les prises de participations dans des entreprises. Lorsque l’économie portugaise a été sévèrement touchée par la crise financière dite des subprimes, ce sont des banques, les fleurons du capitalisme portugais, qui sont passées sous contrôle angolais. Dans le même temps des alliances se sont nouées entre oligarques angolais et capitalisme familial portugais, permettant l’acquisition d’entreprises de l’état privatisées à bas prix.

Un remarquable ouvrage collectif d’universitaires*** détaille ce processus et justifie son titre : « les maitres angolais du Portugal ». les auteurs décrivent les puissants personnages et leurs réseaux, qui ont pris le contrôle de pans entiers s de l »économie et de la banque portugaise.

Le premier des maitres angolais est une femme, Isabel Dos Santos, la fille ainée du président de la république d’Angola. En propre, elle détient en 2013 pour 2, 3 milliards d’euros en actions cotées à la bourse de Lisbonne . Pour le magazine Forbes (2/09/13) c’est la moitié de sa fortune qui est placée en actions d’entreprises portugaises. Par une holding, santoro, elle détient 20% de la BPI (Banco Portuges de Investimentos) et 25% d’une banque angolano-portugaise, la BCI, dirigée par un ancien ministre portugais, Mira Amaral. La BCI emblématique acquit en 2010, à bon prix de l’état portugais, la BPN (Banco Portuges de Negocios). Les participations croisées entre Angola et ex métropole sont multiples, mais avec une constante, les capitaux et les décideurs sont angolais, même si les cadres sont le plus souvent portugais.

Autre figure emblématique du poids financier angolais est le général Helder Dias Vieira connu sous le nom de Kopelipa, surnommé « le général des lignes de crédit », depuis 2010 ministre d’état et chef de la maison militaire (du président). il a fait fortune pendant la guerre civile comme fournisseur d’équipements militaires, puis, à partir de 2004, comme administrateur des prêts consentis par la Chine pour la reconstruction de l’Angola. En association avec Manuel Vicente, ancien président de la Sonangol (Sociedad national de petroleos de Angola, à elle seule, 30 % du PIB angolais) et actuel vice-président de la république, Kopelipa détient une structure « nazaki » contrôlant les blocs pétrolifères off shore 9 et 21. Toujours avec manuel Vicente, il détient 24 % de la BESA (Banco espirito Santo Angola. Les relations avec cette grande famille bancaire portugaise se poursuivent au Portugal, où Le fils de Kopelipa fait l’acquisition du concessionnaire Ferrari maserati, auprès de Mme Maria do Carmo Espirrito Santo, la principale actionnaire individuelle de la banque Espirito Santo.

Ce groupe bancaire, joyau terni du capitalisme portugais, a fait faillite fin 2014, dans des circonstances opaques, mais sans léser les intérêts angolais…Les petits épargnants portugais ne peuvent en dire autant.

  • le président du conseil portugais de 1932 à 1968, fondateur d’un régime autoritaire et policier, « l’estado novo », renversé le 25 avril 1974 par la « révolution des oeillets »

** le régime sud-africain (de l’apartheid) considérait les ex colonies portugaises d’afrique australe comme son arrière-cours et y intervenait militairement directement ou par des mouvements « de résistance » qu’il armait avec parfois la complicité d’organisations ou de gouvernements européens (dont la France) et des Etats Unis. C’est dans ce contexte qu’est intervenue, en France l’affaire dite de l’angolagate qui a durablement empoisonné les relations franco-angolaises. Luanda reprochant à Paris d’avoir laissé sanctionner par la justice française un « ami », le français Pierre Falcone, qui lui avait fourni à un moment crucial des armements.

MONDAFRIQUE

 

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Publié le 28 mars 2015, dans AFRIQUE CENTRALE, ECONOMIE. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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